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par André Locussol, le vendredi 12 novembre 2010

Les médias et les hommes politiques de tous bords sont unanimes pour nous faire croire que la reprise économique est proche, que les comptes des banques sont apurés de toutes créances douteuses, que les paradis fiscaux n'existent plus et… que l'Allemagne montre le chemin de la croissance record en 2010.


L'Allemagne, le modèle, l'exemple à suivre qu'il s'agisse du modèle économique ou social, de la croissance, de la compétitivité ou de la productivité.
Depuis des années nous subissons un véritable matraquage de la part de nos gouvernants, des journalistes et de certains pseudos-analystes, plus ou moins ignares, qui à longueur de chroniques, d'éditoriaux, d'émissions, de débats sur les médias, nous laissent à penser que le miracle Allemagne est là et qu'il va tous nous transformer ; le messie économique est arrivé porté par des chevaliers teutoniques… Mais à chaque fois l'embellie annoncée, depuis les années-lumière (les années 89-93 de forte croissance) ne dure que l'espace d'un printemps de plus en plus court.

L'Allemagne tirerait la croissance de l'Europe grâce à ses extraordinaires performances. Ne profiterait-elle pas plutôt d'un « marché unique » de 500 millions de consommateurs au pouvoir d'achat nettement supérieur à celui de la Chine pour asseoir sa suprématie ? Les oiseaux de mauvaise augure qui essaient de culpabiliser les Français, de prouver par A – B que ce sont des fainéants, les rois d'une France indisciplinée non productrice, toujours en grève et jamais satisfaite de son sort. Les mêmes qui tentent par un savant lavage de cerveau de nous démontrer que nous serions bien inspirés de suivre les traces du premier (2008), second (2009) puis premier (2010) exportateur mondial. Un pays qui a réussi à trouver le bon dosage entre les facteurs capital, travail et innovation.

Cette réflexion de Bruno Durieux de 2008 – homme politique français qui gère actuellement les comptes de la santé ! –, vient à propos pour conforter ce propos. Elle reflète l'inconséquence de ceux qui surfent sur les vagues de l'inexactitude et de l'irresponsabilité : "l'Allemagne est [..] le seul des grands pays développés qui, par des réformes globales et profondes, difficiles et courageuses, réalisées pour l'essentiel par le chancelier Schröder, est parvenue à restaurer sa compétitivité et réduire ses déséquilibres internes. En particulier, ses finances publiques sont aujourd'hui équilibrées et sa compétitivité-coût a retrouvé son niveau d'il y a cinq ans."

Un an après… l'Allemagne connaissait la plus importante baisse de PIB de l'après-guerre avec – 5 %… Cet ex-ministre du commerce extérieur a encore beaucoup de progrès à faire dans le domaine de la prospective !

Mensonge, désinformation, ignorance « grasse » de ces diseurs de « reprise de croissance » qui nous font croire depuis des lustres que le modèle allemand est l'exemple à suivre avec ses cortèges de licenciements, de restrictions et son apologie du capital, du profit et du libéralisme. Un paradigme qui ignore le RMI ou RSA d'où des localisations moins nombreuses qu'en France. Un soupçon d'objectivité leur aurait permis de se rendre compte qu'ils font fausse route en agissant ainsi et en abusant de la confiance de leurs concitoyens. Pour ce faire, il leur suffisait de faire preuve d'un peu plus d'objectivité et de moins de condescendance en prenant le temps d'une véritable analyse critique des statistiques de l'INSEE, d'EUROSTAT, de l'OCDE ou du FMI, et non pas de procéder à une étude sommaire faite sur un coin de bar entre la poire et le fromage.

Les médias ne vont plus au fond des choses au royaume de la communication fast-food. On pourrait citer le cas du journal LES ECHOS qui affichait à sa Une au début de l'année 2010 : "La bourse a progressé de +29% en 2009" et un peu plus loin : "c'est le moment d'investir" En oubliant de dire que la Bourse dans les dix dernières années avait fait nettement moins bien qu'un bon petit Livret A (-25 %).

L'Allemagne vit et prospère grâce à l'Europe comme les Etats-Unis profitent du développement et de la main d'œuvre mexicaine et de l'exploitation de l'Amérique latine. La République fédérale allemande a connu sa prospérité toute relative grâce à l'Union européenne et à une main d'œuvre bon marché, à la spécificité et au maintien sur le sol national de ses productions industrielles qui alimentent entre autres des exportations conséquentes :

1°) Car les Etats-Unis ont conditionné dès la fin de la seconde guerre mondiale leur aide financière à la reconstruction de l'Europe (Programme d'aide américaine ou Plan Marshall), à la création d'entités politiques, industrielle et économique où figureraient obligatoirement la R.F.A et la France (Conseil de l'Europe, CECA et traité de Rome). Ce plan de relèvement de l'économie européenne qui était prévu pour quatre ans, fut mis en place et administré par l'OECE devenue OCDE (Organisation de coopération et de Développement Economique) et l'ECA (Economic Corporation Administration) américain. Il fut rejeté par l'URSS de Staline et les démocraties populaires mais accepté par les 16 pays européens membres de l'OECE.

2°) Parce que l'Allemagne ne peut exister hors de l'Union européenne sachant que la France est à la fois son premier client et son premier fournisseur et inversement. En effet, l'Allemagne ressemble beaucoup au Royaume-Uni dans ses comportements et sa politique. Libérale, industrielle (avec quelques nuances entre les empires anglo-saxon et rhénan ), elle a toujours voulu tirer les marrons du feu en profitant des avantages procurés par l'Europe mais pas des inconvénients. La seule différence, et de taille, entre les deux est que le royaume de sa gracieuse majesté a toujours été au bout de ses convictions : obtention d'un régime particulier dans la participation au budget sous Thatcher, refus d'entrer dans la zone euro, refus en « première instance » d'une constitution européenne puis du traité de Lisbonne… L'Allemagne aurait bien voulu que l'Europe adopte le mark et non l'euro, que la Bundesbank soit la banque des communautés européennes… Elle est en désaccord avec la stratégie à mettre en place chez EADS, et sur celle de la politique aéronautique. Maintenant elle souhaite revoir les principes de fonctionnement de l'UEM (Union économique européenne) avec peut-être un retour en arrière qui irait jusqu'à la suppression de l'euro comme le lui suggère son opinion, Mais, elle est prisonnière de sa dépendance vis à vis de la France beaucoup plus qu'on pourrait le penser.

3°) Puisque l'Allemagne bénéficie d'une main d'œuvre turque très bon marché (qu'elle reconnaît maintenant de pas avoir su intégrer), et de l'absence de tout salaire minimum (RMI ou RSA) comme dans la majorité des pays. Sa réglementation libérale sur le travail d'inspiration thatchérienne lui permettant d'avoir des gains de productivité et des coûts comparables à ceux dégagés par les entreprises qui externalisent.

Mettre dans la balance le poids de la réunification comme un obstacle au développement de nos cousins germains est un faux problème car les investissements publics nécessaires à la remise à niveau de l'Allemagne de l'Est ont été la locomotive qui a relancé toute l'économie allemande à un moment elle s'avachissait dans la routine d'une croissance suffisante au maintien de sa position de leadership de l'Europe économique. L'apport d'un marché de seize millions de consommateurs potentiels et les grands travaux de reconstruction d'une nouvelle République fédérale allemande représentait une source de valeur ajoutée supplémentaire et un nouveau challenge pour le gouvernement. Durant les quatre ans qui ont suivi la réunification l'Allemagne a d'ailleurs connu un essor important avant de retomber dans une certaine léthargie due à la crise économique de la seconde partie des années 90. Mais elle fera quand même mieux que la France (+ 6 points de croissance entre 89 et 99) dans les dix ans qui suivirent la chute du mur de Berlin alors que dans la période précédente c'est la France qui faisait la course en tête de la croissance (+ 4 points de 80 à 89), après le boom des trente glorieuses.

Sa 4ème place actuelle dans le concert des grandes puissances industrielles et économiques derrière les Etats-Unis, la Chine et le Japon et devant la France est non seulement dû au développement du marché européen mais aussi comme on l'a vu au maintien de ses industries sur le sol national et au développement de ses exportations qui contribuent largement à la croissance de son PIB. Ce PIB, si décrié, nécessite quelques explications car lorsqu'on fait des comparaisons entre pays, on « compare des choux et des carottes ».

En effet, il existe suivant l'INSEE plusieurs façons de mesurer le PIB :
- le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d'activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d'activité) ;
- le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ;
- le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d'exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d'exploitation et revenu mixte.

La plus usitée est la première : « Agrégat qui mesure la production d'un pays. Valeur ajoutée totale des biens et services produits par les entreprises résidentes dans le pays. En France, on ajoute la T.V.A., ainsi que les droits de douanes, et on ne tient pas compte de la consommation intermédiaire, ni des amortissements des biens d'équipement. »

On utilise aussi parfois la notion de PIB/ habitant (1er : Luxembourg), de PIB/PPA ou parité de pouvoir d'achat (1er Chine, 2e Inde), de PIB vert qui intègre des notions d'impact sur l'environnement ou l'IDH (l'indicateur de développement humain) qui prend en compte des éléments hors production comme l'espérance de vie et le taux d'alphabétisation.

La croissance est l'évolution du PIB d'une année sur l'autre (PIBN+1/PIBN). On peut calculer la croissance entre deux années qui se suivent ou non (par exemple : croissance 2007/2006 ou croissance 2010/2000). Le calcul sera le suivant pour la croissance 2007/2006 = [(PIB2007/PIB 2006)- 1] x 100 = Taux de croissance (en %). Il existe un taux de croissance réel (lorsque le PIB est estimé en volume) et un taux de croissance nominal (lorsque le PIB est estimé en valeur). La différence entre ces deux taux est l'inflation (le taux de hausse des prix). Exemple pour 2007 : 4,88% (taux croissance en valeur) – 2,51% (taux d'inflation) = 2,37% (taux croissance en volume). Dans toutes les statistiques nationales, régionales ou mondiales, on ne trouve en principe que le taux de croissance en volume. Mais il faut savoir que ces chiffres ne sont pas toujours fiables lorsqu'ils sortent en début d'année (en donnant le taux de croissance de l'année précédente) car des révisions des taux de croissance du PIB interviennent régulièrement plusieurs mois voire un an après, entraînant ainsi la révision des taux de croissance des années précédentes (voir INSEE).

Je ne serai pas surpris que certains de nos hommes politiques, secrétaires d'Etat ou ministres ne sachent pas mesurer la croissance lorsqu'on voit que Xavier Darcos (ancien ministre de l'éducation nationale) ne sait pas faire une règle de trois… et que Rachida Dati confond inflation et fellation (dixit !) sans compter les nombreux dérapages verbaux et lapsus révélateurs des Chatel et Morin qui font preuve de tellement de suffisance qu'ils en oublient le sens de leurs propos... Même notre cher président a du mal à déchiffrer l'écriture de ses pseudo-conseilleurs économiques, fraîchement émoulus des plus grandes écoles de l'hexagone, mais qui ne sortent pas de Saint Cyr !

Soyons clair et précis, parler de miracle allemand est une imposture historique et nous allons le démontrer par les chiffres en fournissant toutes les explications à l'appui de ces données. Tout d'abord disons-le clairement parler depuis 2005 de renouveau de l'Allemagne et comparer sa croissance à celle de la Chine est une grave contre-vérité surtout lorsqu'on sait qu'il y a eu un raté magistral en 2009 (effondrement du PIB de 5 %). La forte croissance que connaissent nos amis d'Outre-Rhin depuis début 2010 s'inscrit dans un processus de correction après la chute des exportations (et des importations) qu'a connu le pays en 2009. Depuis le creux de 2009 l'économie allemande a certes progressé de plus de 4% mais son PIB est encore inférieur de 2,7% au plus haut de l'année 2008… L'économie allemande n'a donc toujours pas résolu ses problèmes structurels de déséquilibres entre son marché intérieur et son marché à l'international.

Pour faire une comparaison des croissances de la France et de l'Allemagne il faut analyser deux périodes : Celle d'avant 1989 (année de la réunification entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne de l'Est) et celle d'après 1989. Avant 1989, certains économistes considèrent qu'il faut confondre au niveau statistique ces deux Allemagnes : la RFA (République fédérale allemande ou BDR) et la RDA (République démocratique allemande ou DDR). Toutefois, l'épisode de la RDA n'étant qu'une parenthèse dans la vie de l'Allemagne (de 40 ans), j'entends économiquement – d'autres pays comme la Finlande ayant subi des occupations beaucoup plus longue par la Suède et la Russie –, et les chiffres de ce satellite de l'URSS étant tronqués et impossibles à reconstituer, il conviendra à mon avis de prendre uniquement en compte ceux de l'Allemagne (la République Fédérale Allemande qui n'a jamais changé de nom) qui sont fiables et avérés…

Les chiffres parlent d'eux-mêmes lorsqu'on compare la croissance des deux pays sur les 50 dernières années :
– De 1960 à 2009 : La France devance l'Allemagne avec + 366,07 % contre + 263,89 %, ce qui signifie qu'en une demi-siècle la croissance de la France a été multipliée par 4 alors que celle de l'Allemagne ne l'était que par 3, soit 102,17 % d'écart.
Sur les 30 dernières années :
– De 1980 à 2009 : La France précède l'Allemagne de 9,4 % (+ 74,5 % contre 65,11 %) ; L'écart se resserre durant cette période mais le retard est tel que l'écart reste conséquent.
Sur les 20 dernières années :
– De 1990 à 2009 : La France est toujours en tête devant l'Allemagne de 2,43 points (+ 38,93 % contre 36,5 %) ; Mais les décennies précédentes ont enregistré un tel écart que l'Allemagne est encore loin derrière notre pays en terme de croissance sur 50 ans.
Sur les 10 dernières années :
– De 2000 à 2009 : La France creuse à nouveau l'écart de 7,18 points (+ 15,63 % contre + 8,45%) ;
Si on analyse décade par décade on s'aperçoit que :
– De 1960 à 1969 : La France prend beaucoup d'avance sur son voisin soit 18, 32 points d'avance (+ 78,15 % contre + 59,83 %), ce qui est considérable sur en seulement dix ans ;

– De 1970 à 1979 : Cette seconde décade n'est guère plus favorable à l'Allemagne qui perd 12,31 pts (+ 49,92 % contre + 37,61 %) ;

– De 1980 à 1989 : L'écart se réduit mais l'Allemagne est toujours derrière la France de 4,4 pts (+ 25,61 % contre + 21,21 %)

– De 1990 à 1999 : Grâce aux très bonnes performances, sans lendemain, des années 90 et 91, l'Allemagne dépasse la France pour la première fois sur une période de moyen terme de 5,46 pts (+ 20,15 % contre + 25,61 %). On peut donc dire que la réunification n'a pas été un problème dans un premier temps car durant les dix années qui ont suivi l'Allemagne a connu une prospérité toute relative mais a fait mieux que la France, car elle voyait sa part de marché progresser de 25 %, en terme de consommateurs qui ont bénéficié de prêts et de conditions qui leur ont permis de venir grossir les rangs des Allemands de l'Ouest ;

– De 2000 à 2009 : La France fait à nouveau la différence en maintenant un écart substantiel de 7,18 % (+ 15,63 contre + 8,45 %) à cause principalement à la chute du PIB allemand en 2009 (de - 4,7 % à 4,9 %, suite aux révisions successives). C'est à cette époque que l'Allemagne subit le contrecoup de la réunification, celle-ci étant un échec sur le plan économique et social avec des taux de chômage qui dépassent les 20 % à l'Est contre à peine 7 % à l'Ouest. Ce problème d'intégration que l'Allemagne n'a pas su résoudre se propage maintenant à d'autres couches de travailleurs, les immigrés surtout turcs.

On peut aussi, comme l'ont fait plusieurs analystes prendre en compte d'autres périodes pour mieux comprendre où se situent les points hauts et les points bas ou d'inflexion et de renversement de la tendance. Mais il faut reconnaître que beaucoup de prévisionnistes et économistes y perdent leur latin car il est de plus en plus difficile de faire de la prospective. En effet, la conjoncture actuelle s'inscrit de moins en moins dans des cycles économiques – qui ont été longtemps décriés et considérés comme de simples coïncidences par la tradition catholique dont la dogmatique se résumait à repousser ses cycles païens « qui devront rester invisibles », leurs auteurs étant assimilés à des pécheurs – comme ceux de Braudel (tendances séculaires ou trends d'une période d'un siècle), de Kondratiev (25-45 ans), Kuznets (15-20 ans), Juglar (6-10 ans), et à fortiori Kitchin (40 mois)…

Voici ces données qui ont donné lieu à beaucoup d'exégèses :

Année FRANCE coeff. mult. ALLEMAGNE coeff. mult. Ecart FR/RFA
% évol. 95-01 19,45 1,1945 13,84 1,1384 5,61
% évol. 96-05 24,74 1,2474 13,74 1,1374 11,00
% évol. 88-98 26,72 1,2672 32,68 1,3268 -5,96
% évol. 92-99 15,87 1,1587 13,49 1,1349 2,38
% évol. 95-09 27,80 1,3051 15,15 1,1821 12,65

N.B. Tous les chiffres qui précèdent sont tirés de sources officielles. Pour la France il s'agit de l'INSEE (www.insee.fr) et pour l'Allemagne du STATISTISCHES BUNDESAMT DEUTSCHLAND (www.destatis.de).

Toutes ces statistiques permettent de tordre le coup à certaines idées reçues véhiculées par un certain nombre d'ignorants (ou d'amnésiques) qu'ils soient politiques ou médias. On peut en conclure que l'Allemagne n'est pas prête de rattraper son retard, quoiqu'en dise tous ces oiseaux de mauvaise augure qui tirent à boulets rouges sur la France et instrumentalisent les chiffres pour faire croire que la France est paresseuse et ne travaille pas assez au contraire de l'Allemagne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.

Quant à la comparaison avec la Chine, elle est d'autant plus malvenue que celle-ci fait travailler ses citoyens comme des esclaves sans protection sociale, sans congés et avec des salaires de misère (à peine 3 euros par jour) et avec un seul droit celui de se taire. En ce qui concerne les chiffres, on oublie trop souvent que partir de 10 et faire 10 % c'est beaucoup plus facile que de partir de 1000 et de faire 1 % car au final c'est le second qui a le plus progressé en valeur absolue + 10 par rapport au premier + 1. Prenez le cas de Microsoft créée en 1975 par Bill Gates, parti de rien et dont la progression fut fulgurante non pas avec des taux à deux chiffres mais à trois chiffres et encore à 2 chiffres en 2009 (son CA passant de 6000 dollars à 70 milliards en 25 ans soit une progression moyenne de 283 % par an !!!). La comparaison entre la France se justifie par les points communs existant entre les deux économies. La comparaison entre la Chine et n'importe quel pays européen et/ou anglo-saxons n'a pas de sens, compte tenu du retard accumulé par « l'empire du milieu » dont les trois quarts de la population vivent encore dans la misère avec moins de deux dollars par mois.

Revenons à nos deux leaders européens… Il ne suffit pas d'avoir une économie « de qualité » comme les équipes qui réalisent de très bons matches mais qui à l'arrivée perdent toujours par un but d'écart. En sport, dès que l'on atteint le statut professionnel, seul le résultat compte comme dans une entreprise, qu'on le veuille ou non, pas la manière car nous sommes dans un monde de globalisation où fait du business et non de la broderie. Tout le reste, par exemple sur le miracle allemand, n'est que littérature car n'est pas étayé par des résultats tangibles. A l'arrivée, c'est la tortue qui gagne et non le lièvre…

Mais quelles sont plus précisément les caractéristiques de ces deux économies ?
Il ne s'agit pas ici d'expliquer en long et en large les atouts de l'un et de l'autre car il existe de nombreuses études, ouvrages et thèses sur ce sujet. Il convient juste de pointer les principaux traits des deux économies pour expliquer pourquoi en apparence notre voisin d'Outre-Rhin représente un modèle, comme une rutilante voiture BMW ou Mercedes-Benz dont on ne voit que la carrosserie, alors que son équilibre est bancal et aléatoire. Un paradigme qui n'a que l'extérieur pour « plaire » (ses exportations) mais dont l'intérieur est rongé par un modèle social d'intégration qui hypothèque sa pérennité.

L'Allemagne reste très présente dans le secteur secondaire (l'industrie représente plus de 30% du PIB), celui des industries de manufacture et de transformation. L'Allemagne a gardé dans la Ruhr un empire industriel, la France a bradé le sien dans le Nord et en Lorraine à force de d'externalisation et de délocalisations en Asie ou de rachats inopportuns, par exemple de notre sidérurgie, par des entreprises ou des fonds d'investissements étrangers voire des fonds souverains indirectement.

L'Allemagne s'est spécialisée dans les produits d'équipement, les machines-outils et les produits chimiques. La France a perdu ses plus beaux fleurons industriels comme la machine-outils. Des mutations et la cessation de certaines activités industrielles comme la disparition des charbonnages et la restructuration de la sidérurgie ont précipité la France dans une spirale infernale de désindustrialisation depuis une trentaine d'années. La mutation des industries du textile, comme celle aujourd'hui opérée dans l'industrie automobile (qui a procédé à de nombreuses délocalisations) ont rendu exsangue le tissu industriel français. Les mutations et les transformations de notre environnement de plus en plus fréquentes nécessitent une adaptation de l'outil et des entrepreneurs industriels, une chose que nous n'avons pas toujours su faire pour sauvegarder notre capital productif. Nous n'avons pas su tirer parti de notre savoir-faire, de nos compétences, innover suffisamment pour poursuivre les activités de base de notre industrie et maintenir la production, la consommation et les emplois.

A l'inverse, l'Allemagne a privilégié l'industrie considérée comme un des secteurs économiques les plus important pour garder son autonomie et poursuivre sa croissance en préservant l'emploi (avec un taux de chômage bas)… mais à quel prix. Près de dix millions de personnes travaillent dans ce secteur (construction automobile, électrotechnique, construction mécanique et l'industrie chimique) soit plus d'un tiers de la population active.
Lorsqu'on regarde les chiffres, on remarque que l'industrie française représente 20% du PIB national contre 78% pour le tertiaire (les services). Mais le poids de la valeur ajoutée de l'industrie dans celle de la France a chuté de 9 pts en 25 ans pour ne représenter que 14% ! Or, l'écart risque encore de se creuser car le taux de croissance de la production industrielle en France est trois fois inférieur à celui de nos voisins d'outre-Rhin. Plus inquiétant encore, la part française dans la valeur ajoutée industrielle de l'Union européenne à 27 est tombée à 11 % en 2008, au quatrième rang derrière l'Allemagne (26 %), le Royaume-Uni et l'Italie.

Mais le tendon d'Achille de l'Allemagne ce sont bien ses exportations…
Elles représentent 35 % du PIB contre 25 % en France. Contrairement à l'Allemagne, les exportations françaises concernent surtout l'Europe (63,8%) et l'Afrique et peu les Etats-Unis (5,5 % contre 9 % pour l'Allemagne) et l'Asie (14% pour l'Allemagne contre 9% pour France) dont la Chine (6 % contre 2 % pour la France). Ces exportations n'ont jamais été pénalisées par la force de l'euro du fait de la spécificité et de la qualité des produits allemands dont la cherté n'est pas un handicap (théorie de la concurrence monopolistique).

En 2010, la République fédérale allemande est devenue le premier exportateur mondial de biens devant les États-Unis et la Chine (en 2009 elle avait été rétrogradée à la 2ème place). C'est un atout considérable mais cela peut devenir un handicap en cas de crise profonde si le marché mondial s'écroule et si les pays se recroquevillent sur eux-mêmes dans une optique protectionniste.
C'est la raison pour laquelle il faut arrêter de se gargariser avec « le miracle économique allemand » qui fleurit à la Une de presque tous les journaux et des sites Web dédiés à l'économie. Ce fameux «Wirtschaftswunder» qui fait le régal des éditorialistes en mal de scoop comme l'analyse très intéressante du site German culture (http://www.germanculture.com.ua/french/library/facts/fr_bl_economic_miracle.htm) qui apporte des informations très pertinentes sur le succès de l'industrie allemande… MAIS SANS FAIRE D'ETUDE COMPARATIVE APPROFONDIE avec son éternel second !

L'Allemagne ne doit sa croissance uniquement qu'à ses exportations…
Ces dernières décades, la croissance allemande s'est basée très largement sur les exportations et plus spécialement sur le commerce mondial. Le commerce extérieur a contribué à l'essentiel de la croissance du PIB de 2000 à 2008. L'Allemagne est devenue dès 2003 le premier exportateur mondial de marchandises même si elle a perdu cette place au profit de la Chine en 2009 (à cause du PIB en chute de 4,9 %) pour la regagner en 2010. Même si au niveau des services elle figure à la troisième place derrière les Etats-Unis et la France. Elle bénéficie d'autre part d'une balance des paiements courants excédentaire non-stop depuis 2001, avec un excédent s'élevant à 8 % du PIB en 2007, alors que celle de ses principaux partenaires européens est déficitaire (France, Royaume-Uni et Italie). Par ailleurs, l'Allemagne est depuis la fin des années 80, le seul grand pays industriel dont la part de marché à l'exportation a été stable en dépit de l'éclosion et de la concurrence sauvage des pays émergents.

Entre 1995 et 2008, la part des exportations dans le PIB allemand a presque doublé, mais cette forte progression peut paraître fragile et inquiéter en cas de crise mondiale plus prononcée et de chute du commerce international. La preuve en 2009, où le recul du commerce mondial a entraîné une forte baisse des exportations allemandes (-18 %) et la descente aux enfers du PIB (-4,9 %). Lorsqu'on voit en 2008 que près de 73 % des exportations allemandes sont à destination de l'UE et des Etats-Unis, on peut s'interroger sur les conséquences dramatiques que pourrait avoir une baisse de la demande dans ces pays dont certains sont plus préoccupés par la réduction de leur déficit que par la relance de leur économie, ans oublier les pays fortement endettés au bord de la faillite. Dans cette hypothèse, l'Allemagne se verrait privée d'un des principaux moteurs de sa croissance économique.

On trouve de plus en plus d'économistes préoccupés par cette situation…
Sous le titre « Le modèle allemand n'est pas viable », on trouve ce réquisitoire : « Au deuxième trimestre 2010, le Pib allemand a fortement progressé (2,2 % en un seul trimestre !) alors que la croissance était en France de 0,6 %. Cette comparaison est cependant trompeuse. La crise a eu un impact beaucoup plus fort sur l'activité économique en Allemagne que dans d'autres pays comme la France. Malgré ce très bon trimestre, le Pib allemand est encore inférieur de 2,7 % à son dernier point haut du premier trimestre 2008 (…) En Allemagne, la remontée du Pib, et notamment l'accélération du deuxième trimestre) est due à la reprise des exportations, tandis que la consommation recule de près de deux points sur la dernière année. En France, au contraire, c'est principalement la consommation qui tire (ou plutôt soutient) le Pib, tandis que les exportations peinent à combler leur retard (…) La conclusion de cette analyse est que le dynamisme des exportations allemandes en dehors de l'Union européenne ne pourrait compenser un ralentissement général en Europe.

Imaginons que sur les 5 prochaines années, les exportations de l'Allemagne augmentent à la même vitesse vers le reste du monde (8,5 % par an) mais que leur rythme de croissance soit divisé par deux (4,1 % par an au lieu de 8,2 %) en direction de l'Union européenne. Si par ailleurs la consommation continue à progresser aussi lentement, alors le Pib n'augmenterait que de 0,9 % par an. Autrement dit, le modèle allemand de compression du marché intérieur au profit des exportations n'est pas viable, sans même parler de ses répercussions sur les autres pays européens » (note hussonet n°19, septembre 2010, hussonet.free.fr/gerviable.pdf).

Et dubitatif sur la croissance allemande !
Philippe Brossard, président de Macrorama, évoquait le 29 septembre 2010 sur le Net "Les mythes de la prospérité allemande". Il rejoignait ainsi les idées développées dans cet article en les complétant principalement au niveau du PIB par habitant : "Pas un jour ne passe qu'on ne nous donne l'Allemagne en modèle économique. Sa stratégie, basée sur l'austérité budgétaire et salariale, l'aurait conduite à une prospérité bien méritée. Cette belle histoire a de solides fondements théologiques : la mortification n'est-elle pas la voie du Salut ? Mais elle n'est étayée ni par les Allemands eux-mêmes, qui se plaignent de ne pas connaître cette mythique aisance, ni par les statistiques économiques. Un PIB par tête inférieur à celui de la France depuis 2003. Un simple petit calcul : diviser le revenu national annuel (PIB) par le nombre d'habitants, permet de se rendre compte que les Allemands (29 250 euros) gagnent moins d'argent que les Français (30 600 euros en 2009) cela depuis 2003. On objectera que ce calcul n'est qu'une moyenne, mais les inégalités de revenu sont sensiblement les mêmes en Allemagne et en France.
« On objectera encore que le PIB est un indicateur bien imparfait de prospérité. Soit : regardons alors l'indice de développement humain calculé par l'ONU. Outre le PIB (corrigé du coût de la vie), cet indice prend en compte la santé et l'éducation. La France est classée au 8e rang mondial et 1ere des pays du G7, l'Allemagne 22e et dernière du G7. On objectera enfin que le PIB par Allemand est inférieur de seulement 4% au PIB par Français en 2009 : une différence si minime ne mériterait pas que l'on s'y arrête. Certes, mais le déclin relatif qu'a connu l'Allemagne depuis 15 ans est frappant. En 1995 le revenu par Allemand était supérieur de 14% au revenu par Français, il lui est désormais inférieur.

« Comment en est-on arrivé là ? Le revenu allemand a connu un déclin relatif considérable depuis quinze ans. La comparaison historique des PIB par habitant en France et en Allemagne va à l'encontre de bien des idées reçues.
« Idée reçue n°1 : l'Allemagne aurait payé un lourd tribut pour sa réunification. L'Allemagne de l'Est avait un PIB/habitant plus bas que celui de l'Ouest en 1989, ce qui plaçait le revenu moyen allemand (Est et Ouest) 4% en dessous du PIB par Français. Mais le boom de la consommation, de l'investissement et des salaires allemands induit par la Réunification lui permit de bondir à 114% du PIB par Français en 1995. C'est la seule période, en 40 ans, durant laquelle la performance allemande se détache nettement.
« Idée reçue n°2: la désinflation compétitive au sein de la zone euro serait payante. Cette stratégie consiste, dans une zone économique où les taux de change sont fixes, à faire baisser les salaires dans son pays pour rendre les exportations plus compétitives, et chercher la croissance chez ses voisins. Cette stratégie, est généralement critiquée pour être égoïste (non coopérative, disent les économistes) non pour être inefficace. Mais on voit que cette stratégie allemande, engagée depuis 10 ans, n'a pas été payante pour l'Allemagne elle-même. Elle lui a permis de stabiliser le revenu par habitant, relativement à la France, depuis 2005, pas de le faire remonter significativement. Les gains remarquables du commerce extérieur ont été compensés par la perte de croissance liée à la stagnation de la consommation et des investissements.

« Notons pour finir que la stabilisation du PIB par Allemand relativement à celui des Français ces dernières années tient en partie à des évolutions démographiques divergentes. La population allemande a culminé en 2002 et elle a reculé de presque 800.000 personnes depuis lors. Au contraire la population française continue d'augmenter d'environ 0,5% par an ; elle a gagné presque 3 millions de personnes depuis 2002. La baisse de la population allemande a un effet positif sur le PIB par tête : le revenu est réparti entre un plus faible nombre de personnes. Mais elle a de nombreux inconvénients économiques à moyen terme, en particulier sur les ratios d'endettement financier : la dette publique et les systèmes de retraite pèseront sur une base de contribuables de plus en plus réduite.
« Les chiffres de PIB par habitant dépeignent donc une tout autre Allemagne que les chiffres brillants du commerce extérieur. Ils permettent de mieux comprendre ses positions récentes sur les questions européennes, nourries du sentiment de son opinion publique que le reste de l'Europe s'est enrichie à ses dépens. Mais ils n'incitent pas particulièrement à y voir un modèle de stratégie recommandable pour la zone euro. »



André LOCUSSOL a été tête de liste de « CITOYENNETE ET CULTURE EUROPEENNE » pour les dernières élections européennes.

Il vient de publier le livre "Crise et suicide du libéralisme" chez Mon petit Editeur