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par Michel Clamen, le vendredi 18 avril 2008

La stratégie de Lisbonne a attribué un rôle majeur à la formation. En France, les études spécialisées sont nombreuses à se centrer sur le fonctionnement des institutions. Mais la formation doit aussi se tourner vers la société civile et prendre en compte ses relations avec les pouvoirs publics européens. Gérer les interfaces entre institutions et intérêts privés constitue une discipline nouvelle, et des diplômes sérieux se sont créés en ce sens.


Notre maison commune a besoin de cadres qui comprennent l'Europe. Les universités ont à former des spécialistes, mais aussi à forger une conscience commune, dont la construction européenne a le plus grand besoin. Au moment où l'Europe recherchait un nouvel élan, la stratégie de Lisbonne a attribué un rôle majeur à la formation, une des clés d'entrée dans l'économie de la connaissance. Cette période n'est pas close et la formation garde et gardera longtemps toute son importance. A ce titre, il est naturel que les études supérieures insistent sur le fait européen.

Pourtant, en France, l'Europe n'a longtemps occupé dans les cours qu'un rôle très accessoire. Puis, à l'initiative de quelques universitaires de bonne volonté, se sont mis en place des cursus spécialisés qui, aujourd'hui, sont nombreux et performants. Visant à produire des "professionnels des travaux à 27", ils s'organisent autour du droit institutionnel avec l'ambition, plus ou moins explicite, de préparer les étudiants aux concours de la fonction publique européenne. Résultat : des cours de grande qualité, centrés sur le fonctionnement de l'Europe vu de l'intérieur.

Cette priorité est naturelle : ce sont d'abord les institutions qui incarnent nos valeurs communes. Mais attention à ne pas occulter les relations de la société civile avec les institutions, pratiquées de l'extérieur. En effet, la décision communautaire, en principe purement officielle, se trouve au centre d'un dispositif officieux, secrété par des acteurs privés, et d'abord les milieux d'affaires souvent organisés en groupes d'intérêt. Comme un texte décidé à vingt-sept peut modifier très profondément le contexte dans lequel s'exercent leurs activités, les partenaires économiques des pouvoirs publics européens prennent les devants. C'est là l'origine du lobbying : agir pour éviter de subir.

Longtemps, dans l'hexagone, le lobbying a souffert de préjugés. Situé à la croisée du pouvoir et de l'argent, sans statut bien défini, il soulève un débat éthique permanent. Aujourd'hui, cette image négative et injuste change, sous l'influence de nos interlocuteurs européens. Les Anglo-saxons ont une autre approche. Ils trouvent normale la démarche et y voient une participation naturelle au débat démocratique, un apport de données indispensables à la qualité des décisions. Sans parler de la recherche d'efficacité : pour être aussi bien défendus dans nos intérêts nationaux, il faudrait imiter le pragmatisme des Britanniques, les réseaux des Italiens ou la force d'intervention des Allemands…

Face au pouvoir des Institutions politiques ou administratives, les groupes d'intérêt ont mis au point, à force de pratique, des stratégies performantes - et aujourd'hui, en Europe, chaque acteur peut gérer son influence - et cette gestion commence de s'enseigner.

Cette formation aux relations avec les institutions a été plus tardive. Pourtant, c'est un vrai sujet : s'il est bien certain que les institutions constituent un univers particulier, cet univers ne se pratique pas que de l'intérieur, mais aussi en face à face. Gérer les interfaces entre pouvoirs publics européens et intérêts privés constitue maintenant une discipline nouvelle, quels que soient les noms qu'on lui donne : relations politiques, public policy consultancy, communication institutionnelle, European public affairs… Des formations sérieuses se sont créées dans le domaine, alors qu'il avait été longtemps ignoré des milieux universitaires. Le Master en management des Affaires européennes délivré par le Pôle universitaire Léonard de Vinci ou le Master M2 professionnel de Relations européennes de l'Institut catholique de Paris forment des diplômés qui feront carrière au sein de groupements privés. Leurs débouchés se situent en majorité dans les milieux d'affaires (entreprises, groupements professionnels, sociétés de conseil), mais aussi dans la communication, le développement régional, les milieux associatifs. Des cadres en communication institutionnelle ; des modules de lobbying ont également été intégrés à d'autres formations centrées sur l'Intelligence économique ou la communication stratégique.

Le pouvoir législatif et administratif d'un coté, le pouvoir économique de l'autre ont à prendre en compte le pouvoir intellectuel. La construction européenne avance grâce à la bonne volonté et à la solidarité. Les Universités, institutions centrales dans la société, peuvent y contribuer.



Michel Clamen est Professeur à l'Institut catholique de Paris

http://www.icp.fr