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par Bruno Vever, le lundi 20 septembre 2010

De prime abord, l'Europe abordait cette rentrée 2010 avec quelques motifs de réconfort : un retour au calme des marchés financiers, après l'alerte sur l'euro ; une éclaircie pour la croissance, avec l'embellie économique allemande ; une reprise du commerce international, attestée par Pascal Lamy.

Il restait à resserrer la solidarité européenne pour en tirer le meilleur parti et présenter un front uni à la veille de plusieurs « sommets » internationaux : avec la Chine en octobre, avec les Etats-Unis en novembre, le même mois avec le G20 à Séoul puis avec tous nos partenaires mondiaux à Cancun sur le climat, enfin avec la Russie en décembre. Cette meilleure cohésion européenne devrait aussi optimiser les auspices de la présidence Sarkozy du G20 et du G8 en 2011. Voilà pourquoi Herman Van Rompuy avait convié les 27 au Conseil européen du 16 septembre.


C'était sans compter avec la soudaine dégradation du climat européen qui aura suivi les expulsions de Roms engagées en France au cours de l'été. Les réactions du Parlement européen et de la Commission à ces expulsions ont paru surprendre les autorités françaises. C'est pourtant cette surprise qui apparaît la plus surprenante.

Le traité de Rome de 1957 garantit déjà la libre circulation des personnes et interdit toute discrimination de traitement entre ressortissants communautaires. Les derniers traités et notamment celui de Lisbonne sont même allés plus loin en créant un concept de citoyenneté européenne, appuyé sur des principes et sur des droits communs, y compris la non discrimination ethnique. A tous ces titres, les Roms relèvent directement de ces libertés et de ces droits.

Mais comme trop souvent à Paris, la mentalité hexagonale a eu du mal à suivre. La « bourde » de la circulaire du cabinet Hortefeux, tardivement révélée par la presse et corrigée à la sauvette par le ministre, apparaît révélatrice d'une méconnaissance assez consternante des règles européennes qui nous a fréquemment valu le ruban bleu des mises en infraction au marché unique. Non pas que nos voisins soient, face aux diverses prescriptions et contrôles de Bruxelles, forcément plus exemplaires, mais certainement moins maladroits. Et les pouvoirs publics français ont bien sûr perçu comme une ingérence inacceptable les interventions d'un Parlement européen et d'une Commission européenne qui étaient pourtant ici, et plus encore depuis la charte des droits fondamentaux, tout à fait dans leur rôle.

L'escalade verbale qui s'en est suivi n'aura servi les intérêts de personne. La commissaire Viviane Reding n'a certes pas cadré le débat de la façon la plus objective et la mieux appropriée quand elle s'est référée au noir passé de la seconde guerre mondiale – ce dont elle a fait depuis amende honorable -. Mais Pierre Lellouche ne s'est guère illustré comme secrétaire d'Etat aux affaires européennes quand il a dénié à la Commission son rôle de gardienne des traités, qualifié ses mises en garde d'infantilisation, opposé grands et petits Etats, et brandi à la face de Bruxelles le rideau inviolable d'une souveraineté française – sans avoir depuis, quant à lui, apporté le moindre bémol à ses propos -.

On peut également douter que Nicolas Sarkozy ait renforcé sa propre position et donc celle de la France en égratignant à bon compte le Luxembourg à travers la commissaire ni en faisant remonter la pression sur Manuel Barroso, s'attirant une spectaculaire prise de distance de l'Allemagne qui aura tenu à préciser que la Commission dans cette affaire n'est pas seulement dans son droit mais « dans son devoir ». Sans parler du cinglant démenti également apporté outre-Rhin aux allégations du président français sur des projets allemands d'évacuation de « camps » de Roms, qui ont heurté un tabou sémantique chez nos voisins et été niés avec véhémence. Décidément, il n'est bon pour personne de paraître peu ou prou, consciemment ou non, s'aventurer du côté des mauvais fantômes de l'Europe.

Ce jeu de massacre aura fait irrésistiblement penser au fameux dessin de Caran d'Ache « ils en ont parlé ». Mais c'est ici l'Europe qui est passée sous la table des controverses et des empoignades. Et ce sont bien tous les Européens, au-delà même des Roms et de leurs problèmes laissés ouverts, qui risquent fort d'en payer l'addition salée. Quel spectacle avons-nous offerts à nos partenaires internationaux, alors que tous les Européens, tant entrepreneurs que salariés, sont avant tout confrontés aux échéances pressantes de la mondialisation, et donc à un besoin urgent d'Europe ?

Et maintenant ? Si le feu a pris si vite, c'est que l'environnement était favorable, faute de bonne volonté, de respect mutuel et d'esprit communautaire – pour autant que ce concept garde chez nous un peu de considération -. Or, face au monde tel qu'il est, personne en Europe à commencer, s'il est besoin de mettre les points sur le « i », par les Français ne gagnera à faire en Europe ni de l'Europe une politique de terre brûlée.

Il est donc urgent de calmer le jeu et de revenir à la très pertinente « méthode Monnet » : se mettre ensemble « face » au problème pour le régler, en veillant à ne pas le laisser s'obstruer « entre » nous et nous diviser. En définitive, tout ceci aura bien confirmé que, malgré nos incontestables et parfois remarquables acquis européens, l'état d'esprit de Jean Monnet demeure malheureusement en 2010 – nul n'est prophète dans son pays - autant sinon plus en avance sur notre temps qu'il ne l'était déjà en 1950 sur le sien !


Bruno VEVER


Bruno Vever est secrétaire général d'Europe et Entreprises