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Chroniques

Vendredi 10 Décembre 2010

Comment sauver l'euro ?

La crise de l'Union économique et monétaire inquiète populations et chefs d'Etat européens. La survie de l'euro serait en jeu pour de nombreux observateurs européens ou hommes politiques.
[Edouard Pflimlin]
Devant l'échec des récentes mesures, comme le plan d'aide irlandais, à ramener durablement le calme sur les marchés financiers européens, les idées se multiplient pour réformer plus en profondeur la zone euro afin de lui éviter un éclatement. Malgré l'annonce d'un plan d'aide de 85 milliards d'euros pour Dublin et la présentation des contours du futur Fonds de secours permanent de la zone euro après 2013, les marchés restent inquiets.

Après l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, d'autres pays comme l'Italie et la Belgique sont à leur tour la cible des spéculateurs: les taux d'intérêt de leurs emprunts grimpent car les investisseurs doutent de plus en plus de leurs capacités à rembourser. Du coup, des mesures plus radicales sont évoquées pour éteindre l'incendie et combler les lacunes d'une Union qui marche depuis près de douze ans sur une jambe: elle est monétaire, mais pas politique.

Pour échapper à ce scénario catastrophe, les propositions affluent. Ainsi, le 2 décembre, la Fondation Bertelsmann a publié une étude de Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge, député européen, président du groupe ALDE, intitulée "Comment peut-on sauver l'euro ?" ("How can we save the Euro?"), qui se penche sur l'impact de la crise financière sur l'UE (1).

Dans l'introduction à la note de M. Verhostadt, Stefani Weiss, directeur du bureau de Bruxelles de la Fondation, souligne que : "jusqu'à présent, toutes les mesures prises par l'UE et ses Etats-membres n'ont pas calmé les turbulences sur les marchés. Après les crises de la dette en Grèce et en Irlande, la pression est maintenant sur le Portugal et l'Espagne. L'Italie et d'autres Etats pourraient suivre... Pour le futur un signe fort est nécessaire que l'UE choisira plus d'intégration plutôt que moins. In fine, l'euro ne pourra prospérer que si les Etats deviennent sérieux et complètent l'union monétaire avec une union budgétaire, économique et sociale."

De nouvelles mesures urgentes doivent donc être prises.

"Il n'existe nulle part ailleurs, à travers le monde, une devise unique sans gouvernement unique", juge l'eurodéputé Guy Verhofstadt dans une tribune au quotidien belge Le Soir, regrettant que l'Allemagne ne veuille pas aborder la crise actuelle dans "une perspective structurelle". "L'euro ne peut pas survivre s'il doit continuer à faire face à seize gouvernements", estime l'ancien Premier ministre belge, qui plaide pour des transferts de compétences afin de créer un véritable pouvoir économique européen. Il souhaite aussi créer un "marché unique des obligations en euros".

Si elle n'est pas nouvelle, l'idée des "euro-obligations" refait surface. L'hypothèse d'emprunts lancés en commun par plusieurs Etats pour mutualiser les risques a été jusqu'ici toujours rejetée par l'Allemagne, qui jouit des taux obligataires les plus faibles en Europe. Berlin refuse de payer pour les autres.

Il souhaite que aussi l'UE crée un mécanisme anti-crise permanent et le renforcement du pacte de stabilité de telle sorte que les sanctions soient transférées du Conseil européen à la Commission européenne. C'est le seul moyen "de garantir la pression sur les Etats-membres". Les sanctions ne dépendront pas ainsi du Conseil européen, qui est intergouvernemental et risque d'être moins strict.

Les sanctions ne devraient pas porter sur le retrait des droits de vote d'un Etat, mais sur "l'expulsion progressive des pays « pêcheurs » du marché unique obligataire".

Sans ces mesures, estime M. Verhofstadt, "il est probable que l'euro s'effondrera du fait des tensions internes". Les prendre, "est l'unique moyen de donner à l'euro et l'Europe un vrai futur."

Commentant ces propositions, l'économiste belge Paul de Grauwe juge que : "La vérité est qu'une union monétaire ne peut survivre que s'il y a une volonté de fournir une assistance mutuelle en temps de crise" (2).

Dans une étude récente, il a proposé de transformer l'actuel Fonds de stabilité de la zone euro en un véritable Fonds monétaire européen, déjà évoqué en début d'année.

Un mécanisme dont les Européens se sont rapprochés depuis. L'idée est de faire payer les pays dont les déficits dérapent, et de verser des aides à ceux qui sont en crise en échange de conditions strictes. Ce Fonds pourrait aussi organiser un défaut de paiement d'un pays de la zone euro.

Pour l'économiste Daniel Gros, "il faut toujours mettre ce Fonds en place". "Mais la crise est tellement imminente, qu'il faut d'abord y faire face", poursuit-il, suggérant de "faire les restructurations (de dette) nécessaires tout de suite ou que la Banque centrale européenne intervienne et achète la dette publique de tous les pays concernés".

Pour certains économistes, la priorité doit rester à l'urgence. Il sera toujours temps de renforcer les fondations de la zone euro une fois la crise passée. "Les responsables européens devraient s'unir derrière un grand programme de redressement solidaire et responsable afin d'écarter durablement l'épée de Damoclès qui continue de menacer la zone euro", juge ainsi l'économiste Bernard Delbecque, dans le quotidien économique belge L'Echo.

Il suggère de renforcer les ressources de l'actuel Fonds de stabilité de la zone euro, doté de 440 milliards d'euros. De mettre en oeuvre de nouveaux programmes d'investissement pour les pays fragiles. Ou encore de créer un fonds permettant de prendre une participation au capital des banques en difficulté. Si les Européens devaient présenter un nouveau plan de sauvetage, "il faudrait que celui-ci sorte des sentiers battus", estime-t-il.


(1) Lire l'étude (en anglais) : http://www.bertelsmann-stiftung.de/bst/en/media/xcms_bst_dms_32869_32870_2.pdf

(2) « Comment sauver la zone euro? Des idées de réforme radicale resurgissent », Sophie Laubie, AFP, 1er décembre 2010.




Edouard Pflimlin est journaliste, spécialiste des questions économiques et de défense européennes.

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