par Jean-Pierre Maulny, le vendredi 12 octobre 2012

Dans cette fusion BAE Systems – EADS, la question que devaient se poser les Etats était de savoir s'ils allaient créer une entreprise qui soit compétitive au niveau mondial dans l'aéronautique et la défense et qui leur assure une autonomie d'approvisionnement. Les Français ont répondu oui par intérêt stratégique car le projet s'inscrivait dans le cadre global de construction de l'Europe de la défense. Les Britanniques ont répondu oui parce qu'ils souhaitaient conserver la compétitivité de leur entreprise. L'Allemagne a répondu non car l'Europe de la défense n'est pas une fin en soi pour ce pays, que l'industrie allemande est compétitive et que les Allemands voulaient conserver le contrôle sur la définition de cette compétitivité.


Ce n'est pas un bon signe pour l'Europe de la défense car les trois principaux pays qui comptent en matière de défense n'ont pas réussi à s'entendre. Une occasion unique de procéder à la consolidation industrielle européenne a été manquée.

Ce n'est pas un bon signe pour EADS car globalement, depuis 15 ans, nous nous dirigions vers une gouvernance normale d'entreprise avec des Etats de moins en moins présents ; l'attitude allemande contribue à un retour en arrière. Notons d'ailleurs que l'Allemagne, qui ne détenait pas d'actions dans EADS au moment de la négociation, a bloqué celle-ci, ce qui vient relativiser une bonne fois pour toutes le rôle de l'actionnariat public comme moyen de contrôle dans les entreprises y compris dans les entreprises de défense.

Reste qu'il y avait sans doute un paradoxe que les Allemands avaient du mal à accepter. A l'heure où le commerce extérieur de l'Allemagne est florissant, grâce à la performance de son industrie, les seules coupes d'une telle fusion en termes d'emploi risquaient de viser l'Allemagne et le site de Manching suite à l'échec de l'Eurofighter en Inde.

Ce dossier n'est pas ordinaire car il concernait au premier chef les Etats. Les négociations entre Etats ne peuvent s'inscrire dans les règles boursières traditionnelles, les transactions à trouver sont des transactions entre Etat que les règles financières, commerciales et boursières du monde de l'entreprise ont du mal à prendre en compte. Il n'est pas rare qu'en diplomatie on arrête les pendules pour continuer à négocier, et il n'était pas possible de faire pareil pour une fusion d'entreprises. Toutefois, imaginons que les Etats trouvent un accord ultérieurement, qu'est ce qui empêcherait alors les dirigeants des deux entreprises de reprendre la négociation ? A dossier spécial, règle spéciale !


Jean-Pierre Maulny est directeur adjoint de l'IRIS