par Corinne Lepage, le mardi 09 octobre 2012

Doit-on avant de passer à table se souhaiter bonne chance ? La question mérite d'être posée à la découverte des résultats d'une étude scientifique sur les effets des OGM sur la santé, menée dans le plus grand secret par le professeur Gilles-Éric Séralini et d'autres scientifiques, et dévoilée récemment dans une revue scientifique américaine. A l'occasion de la sortie de cette étude du CRIIGEN (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique) fondé par Corinne Lepage, la députée européenne lève le voile sur un scandale alimentaire à l'échelle mondiale. Dans son livre La Vérité sur les OGM, c'est notre affaire !, qui est paru le 21 septembre aux Éditions Charles Léopold Mayer, elle dénonce un imbroglio juridique et politique pour échapper au fameux principe de précaution.


Les contre-vérités des OGM

Nous ne sommes pas concernés par les OGM en France depuis le moratoire

Seuls deux OGM sont cultivés en Europe, mais nous en consommons beaucoup plus via la viande, les œufs et le lait issus d'animaux nourris avec des OGM importés, ou dans les produits transformés. Le maïs est partout, notamment dans tous les aliments qui contiennent du sucre de maïs (sodas, cola, pâtisseries, sauces, bonbons, chocolats, aliments pour nourrissons).

Les OGM augmentent la productivité agricole

La hausse de la productivité les premières années disparaît en raison de l'augmentation du recours aux pesticides, qui déclenche des résistances au glyphosate sur plus de vingt variétés dans le monde. Les insectes deviennent résistants !

Les OGM produisent un insecticide naturel

Le maïs MON 810 (Monsanto) produit un insecticide 24h sur 24h. Contrairement aux idées reçues, il n'a jamais produit un insecticide naturel. Le gène artificiel a été en réalité muté par Monsanto pour qu'il soit le plus toxique possible pour les insectes. Ce maïs produit donc bel et bien une toxine insecticide dont on ne connaissait pas, jusqu'à l'étude du CRIIGEN les effets à moyen et long terme sur les animaux et les êtres humains.

C'est de la faute de l'Union européenne

Corinne Lepage croit profondément en l'UE, et son livre n'est évidemment pas un réquisitoire anti-européen. L'article 25 de la directive européenne prévoit que les données relevant de la protection de la santé ou de l'environnement ne peuvent en aucun cas être considérées comme relevant du secret industriel. C'est la commission qui refuse d'appliquer le texte. Corinne Lepage dénonce plutôt un problème de flou juridique : la législation existante est savamment détournée de son contenu et de son objectif.

Recommandations aux citoyens pour agir :
« Trois conséquences doivent être tirées de cette étude et de ses résultats en ce qui concerne les citoyens que nous sommes.

1. Même lorsque les pouvoirs publics démissionnent et ne défendent pas l'intérêt général, les citoyens peuvent agir efficacement et légalement. L'histoire de cette étude est une saga mais nous y sommes parvenus en soutenant le travail scientifique du professeur Séralini et de son équipe. Chacun d'entre nous peut exiger de ne pas consommer d'OGM dans les produits qu'il achète s'il a un doute sérieux sur la nocivité des OGM. Comment ? En évitant le maïs, le soja et le colza et leurs dérivés s'il existe une incertitude sur la présence ou non d'OGM et privilégier l'agriculture raisonnée ou bio.

2. Chacun d'entre nous peut agir auprès de son gouvernement pour que des études indépendantes des groupes industriels, portant sur 2 ans et concernant un nombre d'animaux suffisant soient engagées sans délai pour analyser les effets potentiels de tous les OGM consommés sur la santé humaine. Il peut agir pour réclamer des explications sur les raisons pour lesquelles jusqu'à présent ces études ont été refusées, pour lesquelles l'EFSA n'a délivré que des avis positifs sur les OGM et cherche à obtenir la suppression dans tous les cas possibles de simples études sur 3 mois.

3. Il peut enfin militer pour un moratoire des importations en attendant le résultat des études. L'agriculture européenne ne s'en portera que mieux ».


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L'EFSA, c'est quoi ?

Seuls deux OGM sont cultivés en Europe, Agence européenne d'expertise, chargée de la sécurité sanitaire et alimentaire au sein de l'UE. Créée au lendemain de l'affaire de la vache folle, elle est supposée être indépendante mais elle est en réalité accusée de céder aux conflits d'intérêts : elle est vivement critiquée dans sa procédure d'évaluation des risques par une vingtaine d'Etats membres et de nombreuses ONG. Au sujet des avis rendus dans son panel OGM (elle compte neuf panels), tous se sont révélés positifs.

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Le CRIIGEN, Comité de Recherche et d'Information Indépen- dantes sur le Génie Génétique, est une association à but non lucratif, multidisciplinaire, de scientifiques et de chercheurs sur les implications du génie génétique, ses enjeux et ses risques, et pour la protection de l'environnement et de la santé. Crée en 1999 par Corinne Lepage, Gilles-Eric Séralini et Jean-Marie Pelt, il réunit plusieurs experts en France et à l'étranger ayant participé ou participant à des missions gouvernementales ou internationales, de manière à réfléchir sur la mise en place du principe de précaution, et le contrôle du génie génétique. La vision collégiale des dossiers favorise la qualité de l'expertise, et le CRIIGEN a été consulté sur le sujet pour l'organisation de colloques internationaux, la mise en place de protocoles internationaux (Carthagène), ou de directives européennes. Il a notamment collaboré avec la Commission Européenne et les Ministères français, l'Italie, le Canada, la Chine et la Tunisie. Des groupements, gouvernements, associations ou entreprises ont désiré adhérer pour favoriser une information indépen- dante, par exemple en agro-alimentaire, une information sur la traçabilité, ou un bilan international des OGM.


Députée européenne, ex-ministre de l'environnement, présidente du parti Cap 21, et avocate spécialisée dans l'environnement, Corinne Lepage revendique des « valeurs humanistes, écologistes, sociales, républicaines et européennes ». Fervente défenseure de la troisième révolution industrielle, elle pense que la politique de demain ne se fera pas sans la collaboration de la société civile. Progressiste, de tendance sociale-démocrate, il faut repenser selon elle les clivages actuels du paysage politique et la façon dont le pouvoir est exercé, en mettant fin au jacobinisme et promouvant le dynamisme des régions.