par Rafik Smati, le vendredi 13 avril 2012

J'ai le plaisir de vous adresser une tribune intitulée , qui fait écho au sondage CSA qui vient de paraître, positionnant Marine Le Pen en tête des intentions de vote chez les 18-24 ans.

Ce texte s'inscrit dans la continuité de "Révolution Y", mon dernier ouvrage qui vient de paraitre aux Editions Eyrolles.


C'est LE sondage qui fait et va faire couler beaucoup d'encre dans les jours qui viennent. Selon une étude CSA, 26% des jeunes de 18 à 24 ans envisageraient de voter Marine Le Pen, ce qui classerait la candidate du Front National en première place des intentions de vote dans cette classe d'âge.

Le premier enseignement de cette enquête, c'est que le candidat qui avait fait de la jeunesse sa priorité (François Hollande) peine à percer chez les jeunes générations. Une preuve de plus, s'il en était besoin, que la jeunesse ne se traite pas comme une «cible politique» en tant que telle. Car contrairement à ce que pourraient croire certains, la jeunesse ne vote pas, comme ses ainés, selon des impératifs catégoriels. Proposer des contrats aidés ou faciliter l'accès au permis de conduire sont des mesures utiles mais dérisoires, malheureusement pas à la hauteur des grands enjeux du monde tourmenté dans lequel nous vivons.

Les jeunes d'aujourd'hui éprouvent pourtant plus que jamais un désir irrépressible de changement. Ils n'acceptent pas les inégalités et les absurdités qui régissent notre monde. Face à eux, les générations telles que celles du baby-boom ont bâti un système politique et économique parfaitement verrouillé, qui encourage la rente davantage que le travail. Les jeunes se voient ainsi confisqués tous les leviers du changement. Pire encore, ils auront à assumer un endettement abyssal légué par leurs parents, et surtout leurs grands parents.

Une seule chose pourrait permettre à cette jeunesse désemparée de croire en l'avenir et de s'inventer un nouveau destin. Il s'agit de la dimension du rêve, grande absente de cette campagne électorale. Tous les sacrifices peuvent en effet être consentis, s'ils se justifient par un objectif commun, ambitieux, élevé et fédérateur. Lequel des candidats en lice est porteur d'une telle orientation ? Malheureusement aucun.

J'espérais tant de cette campagne électorale. Je développais la conviction selon laquelle un grand débat démocratique pouvait permettre d'arbitrer entre les grands choix de société. Sans doute allons nous perdre cinq ans. Le vote des jeunes qui se porteront sur Marine Le Pen constitueront de ce point de vue le dernier cri d'alarme d'une génération qui ne croit plus en l'action politique ordinaire. Il est temps de réinventer la politique.