par Lazlo Andor, le mardi 10 avril 2012

"La crise actuelle met la solidarité de l'UE à l'épreuve" tel est le message de László Andor, lors du séminaire sur «La Solidarité européenne au service du développement des territoires européens - Quels enjeux pour la politique européenne de cohésion 2014-2020 ? » organisé par la CRPM au sein du Comité des Régions le 10 février 2012.

László Andor est le Commissaire de l'UE hongrois en charge de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Inclusion depuis 2010. Selon M. Andor, titulaire d'un doctorat en économie, "avec plus de 23 millions de chômeurs dans l'UE, il y a un besoin urgent de stimuler la croissance riche en emplois."


László Andor: La crise économique et financière actuelle s'ajoute considérablement aux défis de la politique de cohésion de l'UE 2014-2020. Ce qui est clair, c'est que la politique de cohésion est un instrument clé de la solidarité de l'UE qui peut aider à réduire les disparités. Dans le contexte de la crise en particulier, nous devons faire des choix et concentrer les efforts en termes de financement si l'on veut obtenir des effets mesurables. C'est pourquoi les futurs programmes de la politique de cohésion doivent se concentrer davantage sur les résultats.

Avec plus de 23 millions de chômeurs dans l'UE, il y a un besoin urgent de stimuler la croissance riche en emplois, pour maintenir le marché du travail et créer de nouveaux emplois, et pas seulement dans certaines régions performantes ou les capitales, mais dans toute l'Union. Cela signifie se concentrer sur les bonnes priorités, sur celles qui contribuent le mieux à la croissance. Nous savons à partir des évaluations et des études, celles de l'OCDE par exemple, que le capital humain est le facteur de croissance le plus important, ceci est certain une fois que les besoins d'infrastructures de base ont été remplies.

En dépit de cela, nous avons vu la part du FSE décliner dans la politique de cohésion au cours des dernières périodes de programmation. C'est pourquoi la Commission a proposé des pourcentages minimum pour le FSE dans la prochaine période de programmation.

Enrico Mayrhofer: Vous êtes le Commissaire responsable de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Inclusion. De nombreuses Régions de la CRPM souffrent d'un taux de chômage très élevé. Quelles sont les actions les plus importantes que la Commission prend pour faire face à cette situation ?

LA: La Commission est extrêmement préoccupée par les taux élevés de chômage dans l'UE qui est d'environ 10%. D'ailleurs le taux de chômage des jeunes représente le double. Il persiste aussi des contrastes énormes entre les États membres. Par exemple, le taux de chômage des jeunes s'élève à près de 50% en Espagne et en Grèce, alors qu'il est inférieur à 10% en en Allemagne, Autriche et Pays-Bas. Les écarts entre les régions sont encore plus grands qu'entre les États membres.

En fin de compte, il incombe aux États membres à entreprendre le plus d'actions, mais une réponse au niveau de l'UE est plus pertinente face à la crise. C'est pourquoi ce printemps, la Commission va :

• Lancer un paquet sur l'emploi qui offrira de nouvelles idées sur la façon de soutenir la création d'emplois et de réformer nos marchés du travail ainsi que la façon de faire un meilleur usage des instruments du marché du travail de l'UE - tels que les services de l'emploi européen (EURES);

• Accélérer et donner une forme concrète à l'Initiative Perspectives Jeunesse décrite en décembre et proposer un cadre de qualité pour les stages;

• Travailler avec les États membres pour mobiliser le FSE, veiller en outre à ce que le reste des ressources disponibles soit alloué ainsi que les ressources pour la période 2014-2020.

En janvier, la Commission a envoyé des équipes d'action dans les huit États membres dont le niveau de chômage des jeunes est de façon significative au-dessus de la moyenne communautaire : l'Espagne, la Grèce, la Slovaquie, la Lituanie, l'Italie, le Portugal, la Lettonie et l'Irlande. L'objectif est de travailler avec ces pays et de réorienter les fonds communautaires disponibles vers le soutien aux jeunes pour les intégrer dans le marché du travail ou vers la formation, et d'utiliser le Fonds social européen pour soutenir des programmes de type apprentissage et soutien aux jeunes créateurs d'entreprises.

EM: Pensez-vous qu'il y ait une dimension « territoriale » en particulier celle liée aux régions périphériques pour relever les défis en matière d'emploi, de démographie et, d'inclusion sociale?

Il y a bien sûr une dimension territoriale à toute disparité. Les gens vivent et travaillent dans un lieu donné. Mais je pense qu'il ne faut pas seulement parler de défis mais aussi d'opportunités. La proposition de la Commission pour la politique de cohésion 2014-2020 contient plusieurs outils afin de mieux refléter les spécificités territoriales.

Sur le plan stratégique, les contrats de partenariat, qui seront convenus entre la Commission et chaque État membre, fixeront les engagements pour des actions concrètes afin d'atteindre les objectifs de la stratégie Europe 2020. Ils mettront également en place une approche intégrée du développement territorial, y compris des programmes opérationnels multi-fonds. Il est important que ces documents soient élaborés en partenariat avec les acteurs concernés. La Commission présentera prochainement ses idées sur un code de conduite de partenariat.

Au niveau de la mise en œuvre, la proposition contient également plusieurs dispositions très concrètes et pratiques. Il s'agit des ITIs (Investissements Territoriaux Intégrés), du Développement local mené par les acteurs locaux (CLLD - Community-Led Local Development) qui peut être utilisé dans un contexte mono-fonds ou multi-fonds. De plus, il y a la possibilité d'élaborer des plans d'action conjoints. Enfin, je tiens à mentionner également que les opérations à venir seront en mesure de combiner différentes sources de financement et que la politique de cohésion continuera à favoriser la coopération transnationale et interrégionale car elle représente une forte valeur ajoutée.

Propos recueillis par Enrico Maurhofer pour la lettre de la CRPM