par Patrick Martin-Genier, le mercredi 04 avril 2012

François Hollande a déclaré aujourd'hui que s'il était élu président de la République le 6 mai prochain, il agirait « vite «  et en « cohérence » avec les contraintes et son programme. Il s'agit toujours de réaliser la quadrature du cercle…


Il est clair que si Nicolas Sarkozy était réélu, son action européenne s'inscrirait dans la continuité. Il pourrait alors reconduire l'actuel ministre des affaires européennes, Jean Léonetti, qui a su faire preuve d'une grande capacité d'adaptation à ce poste alors que son action parlementaire et sa formation ne le prédisposaient pas a priori à ces fonctions internationales. Il pourrait aussi nommer un nouveau ministre des affaires européennes vu le taux de rotation à ce poste depuis quelques années…

 

Pour François Hollande, cela sera délicat. Que signifie agir vite sur l'échelle européenne ? Il veut probablement dire qu'il irait immédiatement rencontrer Angela Merkel pour exiger une révision des traités européens décidés au mois de mars dernier. La chancelière, encore une fois, ne l'entend pas de cette oreille. Certains pensent qu'il ne disposera d'aucune marge de manoeuvre. Tel n'est pas le cas de Marie-Noëlle Lienemann qui, lors d'un récent entretien avec Fenêtre sur l'Europe, a estimé que la marge de manœuvre du nouveau président serait importante dès lors qu'il serait investi d'un mandat du peuple français donc avec une forte légitimité.

 

La sénatrice de Paris, ancien vice-présidente du Parlement européen, parle ainsi d'un mémorandum et pour elle, il pourrait être envisagé un moratoire sur la politique de dérégulation des services publics, ce qui serait en effet un message politique fort qu'il faudrait tenir à Bruxelles bien que cela risque de faire tanguer….

 

Il est clair en effet qu'entre l'élection du président et les élections législatives qui suivront au mois de juin, vu la poussée de ce qu'il convient d'appeler la partie modérée de l'extrême gauche représentée par M.Mélenchon, il appartiendra au président de présenter ces actions européennes dans les quinze jours qui suivront son élection.

 

Il lui appartiendrait aussi de dire les clauses des traités qu'il souhaite modifier. S'agira-t-il d'une modification fondamentale ou marginale ? D'un simple exercice d'amendement ?

 

Disons simplement que le nouveau gouvernement devra « affronter » ses pairs lors du conseil européen du mois de juin et que dès cette date en effet, le président, et son ministre des affaires étrangères et européennes devront afficher une solidarité sur les dossiers et les positons.

 

À cet égard, le parti socialiste ayant une tradition européenne bien établie, le président devra choisir un ministre des affaires européennes qui partage ses vues sur l'Europe et qui fonctionnera de concert avec lui par l'intermédiaire aussi du conseiller européen de l'Elysée et le secrétaire général aux affaires européennes qui dépend du Premier ministre et dont les bureaux sont en partie à l'Hôtel Matignon.

 

Néanmoins, cette volonté d'agir vite, qui est tout à fait légitime, devra se concilier, sur la scène européenne avec la lenteur inhérente au système décisionnel communautaire…Mais il est clair que dans cette matière comme pour les autres, le président devra dévoiler très rapidement sa vision de la construction européenne.

 


Patrick Martin-Genier est Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de paris, vice-président et éditorialiste de Fenêtre sur l'Europe.