par Patrick Martin-Genier, le mardi 28 février 2012

Les élections se suivent mais apparemment ne se ressemblent pas.


Des méthodes autoritaires

Vladimir Poutine, qui fut président de la Russie jusqu'en 2008, puis Premier ministre du président-lige qu'il installa alors au Kremlin, espère redevenir président de Russie pour un troisième mandat à la fin de la semaine.

Malgré son âge, Vladimir Poutine est un pur produit de l'ancienne Union Soviétique même sur le déclin. Ancien homme des services secrets puis propulsé à la lumière, il a exercé son pouvoir sans vergogne et sans trop s'embarrasser de règles démocratiques qui décidément semblent pas convenir cet ancien pays des tsars impériaux et communistes.

On fêtait ce week-end à Moscou, sur la place rouge, la fin de l'hiver dans une ambiance bonne enfant. Un participant réclamait également la fin de l'hiver politique et appelait de ses vœux l'arrivée d'un véritable printemps démocratique.

Une chaîne humaine était formée à Moscou afin de protester contre ce retour en force de Vladimir Poutine qui ne plaît pas aux démocrates. Il est légitime en effet d'avoir des soucis s'agissant d'un pays où des journalistes se font assassiner en toute impunité et où les prisonniers politiques semblent encore exister lorsque l'on voit le cas de Mikhaïl Khodorkovski qui semble avoir subi une peine largement supérieure à ce que les faits qui lui étaient reprochés auraient mérités, à les supposer établis vu la façon indigne dont son procès s'est déroulé.

Seulement voilà, Vladimir Poutine semble avoir le soutient de la Russie profonde, celle des campagnes où les préoccupations ne sont pas les mêmes que les populations urbaines où la contestation est toujours plus vive. Si le Premier ministre Poutine redevient Président, une grande vigilance sera nécessaire.

La charge de Berlusconi contre les magistrats

Les campagnes violentes ne sont pas l'apanage de la Russie. Même dans les pays où il n'y a pas de campagne électorale, du moins pour le moment, les propos violents font froid dans le dos. Ainsi s'agissant de la charge de l'ancien Premier ministre Berlusconi sur les juges en Italie qu'il a accusé de ne pas appliquer la loi alors qu'ils étaient payés par les contribuables, les jetant à la vindicte populaire…

Cette attaque en règle faisait suite à la décision du tribunal de Milan concernant des faits graves de corruption dont devait rendre compte le riche homme d'affaire et ancien président du conseil forcé vers la sortie par sa propre majorité parlementaire, uniquement à raison de la prescription qui s'attache aux faits, déclenchant une très vive polémique en Italie.

Cette attaque intolérable contre l'indépendance de la justice montre que même dans les pays dits démocratiques, certains responsables politiques n'hésitent plus, au nom d'on ne sait quelle atteinte à leur dignité personnelle, à jeter l'opprobre sur les juges afin de régler des comptes personnels, alors que les juges, malgré leurs propres faiblesses, restent encore, quoi qu'on en pense, le dernier rempart contre les pouvoirs autoritaires.

En France, une campagne violente ?

La France-hélas-ne ne semble pas épargnée par cette violence alors que la campagne pour l'élection présidentielle vient d'entrer dans le vif du sujet.

Lors d'un récent débat télévisé, un conseiller de la présidence de la République-haut fonctionnaire de son état et donc non élu- a traité un député socialiste de l'Essonne, élu du peuple, de « sale c… » «( plus exactement « et si moi je vous traitais de sale c… ?) et lui a intimé l'ordre de se taire, alors que lui-même n'est pas élu…A gauche, une élue lyonnaise protégée par Gérard Collomb, très médiatique et donc ministrable si François Hollande l'emportait lors du prochain scrutin présidentiel –outre le fait que Gérard Collomb lui-même est déjà sur les rangs pour une fonction ministérielle-, a traité le Président de la République de « produit de contrebande »…

Faut-il que les enjeux soient à ce point cruciaux pour que des propos aussi violents soient échangés ?

Silvio Berlusconi a très mal pris de perdre le pouvoir ; Vladimir Poutine a toujours considéré que le pouvoir lui revenait naturellement. Quid de la France ? L'envie du pouvoir ou l'angoisse de le perdre serait-elles plus fortes que le reste et la perspective d'avoir enfin un beau débat démocratique sur l'avenir de la France et des Français ? Il serait pour le moins judicieux que la campagne se déroule de la façon la plus correcte possible sans anathème ni invective.

Nous sommes tout de même une grande démocratie et les sujets de campagne ne manquent pas : l'Europe, le logement, la lutte contre les trafics en Europe, l'emploi des jeunes et des seniors, la protection sociale, les retraites etc.…

Il serait donc de bon aloi de souscrire à une sorte de charte de déontologie politique afin de ne pas franchir le rubicond au-delà duquel la politique sombre dans l'insulte permanente.


Patrick Martin-Genier

Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris.

















Patrick Martin-Genier est Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris.