par Jean-Dominique Giuliani, le mardi 26 mars 2013

Il faudra encore du temps pour mesurer tous les effets de la crise chypriote et des décisions prises pour en sortir. Mais il est déjà possible d'en tirer quelques leçons.


Le degré d'intégration vers lequel s'achemine la zone Euro ne saurait s'accommoder de modèles économiques trop marginaux sans mettre en danger l'ensemble de l'édifice. Le système bancaire démesuré, qui a rendu Chypre insolvable en attirant d'énormes montants de capitaux avec des impôts et des taux d'intérêt irréalistes, ressemble à celui d'un paradis fiscal. Le bilan des banques en faillite avoisine 130 milliards €, dans un pays où le Produit intérieur brut annuel est inférieur à 20 milliards.

A cet égard, la politique d'élargissement de la zone Euro, comme celle de l'Union européenne, ont failli. Il faut les corriger. Le respect de simples critères formels ne remplace pas un accord politique et stratégique sur les objectifs de l'Union et une vision de son modèle économique et social, qui doivent être clairement partagés et constituer le vrai motif de l'adhésion.
Une monnaie commune exige par ailleurs un système des paiements sûr et la garantie qu'il fonctionnera quoiqu'il arrive. C'est la condition de la confiance des acteurs économiques. Le contrôle des mouvements de capitaux que Chypre est contraint de décider dans l'urgence est contraire à l'Union monétaire et aux règles du marché intérieur. Un Euro chypriote n'a désormais plus la même valeur qu'un Euro normal. La garantie des dépôts jusqu'à 100 000 Euros est une règle qui doit être appliquée partout. En l'occurrence, en voulant sauvegarder son modèle alléchant pour les investisseurs étrangers, le gouvernement chypriote spoliait les petits épargnants et c'est toute l'Europe qui, aux yeux des citoyens, a porté le poids de cette erreur, heureusement abandonnée.

Or, dans cette crise, ces principes ont été méconnus devant l'urgente nécessité et cette violation ne sera pas sans conséquences. L'Union européenne ne peut pas continuer dans cette voie, d'exception en exception, de mini-crise en affolement systémique. Elle doit aller résolument vers une intégration économique et financière plus achevée, non seulement dans ses règles, mais aussi dans leurs modalités d'application. Il ne doit pas y avoir pluralité de décideurs dans des matières aussi graves pour l'ensemble de l'Union. Il doit y avoir une seule autorité, commune et dotée de pouvoirs de décision. Evidemment cela nécessite une re-fondation politique de l'Union dont les Etats membres, avec leurs peuples, doivent accepter ce nouveau partage de souveraineté. C'est la condition de la solidité de l'Euro et de la solidarité au sein de l'Union qui, en contrepartie, devrait être plus automatique, pour le plus grand bénéfice des citoyens.

Il est grand temps d'ouvrir ce débat politique, certes difficile, mais ceux qui le refusent s'exposent à de nouvelles crises.

* Selon la légende, la déesse de l'Amour, née de l'écume, s'échoua sur les rivages de Chypre, dont elle est l'une des incarnations symboliques.


Jean-Dominique Giuliani est Président de la Fondation Schuman.
http://www.robert-schuman.eu/