par Xavier Grosclaude, le mardi 12 août 2014

Si la campagne pour l'élection des députés européens est terminée, le recul de l'influence française au Parlement européen, quant à elle, se poursuit…


Outre l'existence d'une vingtaine de « députés zombies » sur soixante-quatorze, la désignation du Président, des vingt et un Présidents de Commissions, des quatorze Vice-présidents et des cinq Questeurs du Parlement Européen a montré les limites objectives de l'influence française.

Seuls ont été promus Jean Arthuis, 69 ans, élu pour la première fois au Parlement européen, ancien Ministre de l'Economie et des Finances, comme Président de la Commission des Budgets, Alain Cadec, 61 ans, député sortant, comme Président de la Commission Pèche, Sylvie Guillaume, 51 ans député sortant, comme Vice-président du Parlement européen et Catherine Morin Dessailly, 54 ans, député sortant, au poste de premier Questeur du Parlement européen.

Si on ajoute au tableau, la perte par la France de la présidence du premier groupe parlementaire à savoir le Parti Populaire Européen (PPE), la perte de la coprésidence du groupe des Verts, une présence numérique désormais critique au sein du PPE et du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D), l'absence de toute représentation au sein du groupe des Conservateurs, la présence honorifique au Parlement européen de « retraités » de la vie politique françaises et de « novices » (bilingues français-français) n'ayant aucune connaissance des affaires européennes, l'avenir s'annonce radieux.

La légèreté avec laquelle les partis politiques français traitent la seule institution élue au suffrage universel de l'Union européenne en dit long sur la cécité de la classe politique française sur les enjeux d'influence en Europe. Alors que l'influence au Parlement européen réside dans la permanence et l'expertise, la France est le seul pays qui a joué tous les cinq ans à « tabula rasa » en sanctionnant les bons et en gratifiant des mauvais sans parler de l'absentéisme chronique et des démissions mystères en cours de mandat pour convenance personnelle !

Cette exception française, incomprise de nos partenaires européens, est révélatrice d'une lecture erronée du monde dans lequel nous vivons. S'il y a bien 925 parlementaires en France pour 66 millions d'habitants il n'y en a que 751 au Parlement Européen pour plus de 500 millions d'habitants implantés dans 28 pays.

Aussi, dans la mesure où les pouvoirs et les domaines d'intervention du Parlement européen sont de plus en plus importants, les partis politiques français auraient tout intérêt à jouer la carte de l'excellence et non celle de l'indifférence.

Malheureusement, depuis 1979, campagne après campagne, nous assistons de façon immuable au même scenario, composition exotique des listes par les partis politiques, campagne expédiée avec sa litanie de contrevérités, focalisation du débat sur de faux sujets, dramaturgie télévisuelle le soir des résultats pour déplorer l'abstention. Ensuite, silence radio pendant cinq ans, les députés européens disparaissent des radars et réapparaissent magiquement pour la composition des listes. Les plus malins prennent soin de publier un « quick book » sur l'Europe, histoire d'être un peu plus visibles…

Certains commentateurs de la vie politique ou universitaires nous expliquent à chaque élection que tout cela est normal. C'est connu, l'Union européenne « c'est lointain, c'est très technique, c'est bureaucratique » sauf que l'abstention concerne aussi les élections locales en France, cherchons l'erreur…
En résumé, si la léthargie peut avoir du bon à forte dose sur une courte période, à long terme elle peut devenir dangereuse pour un pays. Alors que nous vivons une période de mutations sociétales, technologiques, scientifiques sans précèdent il serait temps pour les dirigeants politiques de tous bords de ne plus considérer la France comme un « jouet » mais comme une collectivité humaine désireuse d'exister au niveau européen et mondial, est-ce trop demander ?


Xavier Grosclaude est Délégué Général de Fenêtre sur l'Europe