par François-Xavier BELLEST, le lundi 03 février 2014

En 2005, le Non français au Traité constitutionnel a failli mettre un terme à la construction européenne. Enterrer l'Europe politique aurait été une grosse erreur… Nous le savons déjà !


Au delà d'affronter la crise économique et sociale, comme de renforcer sa place dans le monde, l'Europe doit répondre aux besoins identitaires et aux aspirations profondes des Européens.

Ces débats doivent prendre une bien plus grande place aujourd'hui. Ces débats doivent être de qualité, bien plus encore que de quantité. Pourquoi ne sont-ils pas plus présents dans « l'agenda politique » des pays membres ? Personnellement, je pense qu'il faut lutter contre toute forme de populisme qui chercherait à prendre ce vote en otage et à instrumentaliser son expression démocratique.

Qui plus est, contrairement à d'autres pays membres, nos parlementaires sont appelés à prendre à revers une profonde morosité ambiante. La France semble rester en panne. Les Français, eux, le sont assurément. Cela ferait-il partie de cette pensée défaitiste qui semble devenir notre marque ? Pourquoi cette europessimisme ambiant ? Que signifie être Européen aujourd'hui ?

Ces questions reviennent fréquemment aux lèvres des Européens. Elles ne trouvent pas de réponse ou si peu…

Ce qui est beau dans le projet politique européen est d'avoir intégré la Déclaration des Droits de l'Homme, en y incluant certes des valeurs et références d'inspiration très libérale, mais certainement bien adaptées au monde d'aujourd'hui (cf. ouverture du commerce, des échanges et de la circulation, intégration économique et financière, etc.). Mais une Europe
ouverte sur elle-même, une Europe ouverte sur le monde, c'est également une manière d'échanger les idées et les cultures.

Ainsi, l'un des points forts de l'Europe, y compris sur le plan économique, est ce mariage entre un savoir-faire ancien et le monde contemporain. Cette union réussie est une force que beaucoup nous envient.


Les nouvelles générations de jeunes Européens parlent plusieurs langues et se confrontent à plusieurs cultures, virtuellement ou sur place. Dès lors, un Européen pourra s'adapter plus vite qu'un Etatsunien, un Canadien, un Brésilien ou un Chinois dans la mesure où il sera souvent
plus ouvert que la plupart de ceux-ci.

Aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil ou en Chine, on peut faire cinq heures d'avion tout en restant dans le même pays. En Europe, dans un rayon de trois heures d'avion on rejoint des cultures très différentes. Et ce avec un même passeport. On peut prévoir un déplacement en quelques clics sur Internet le vendredi et se retrouver facilement « ailleurs » le week-end en Europe.

L'Europe est certes un marché, et même un grand marché, pour les autres comme pour nousmêmes.Mais c'est aussi une entité intégrée. Lorsqu'on se place dans une dimension internationale l'Europe, en tant qu'entité formant un tout, a un rôle spécifique. Ses contrastes alliés à sa pérennité ont un charme qui lui appartient en propre.

La diversité de l'Europe n'existe pratiquement nulle part. Et cela, on le constate aisément lorsque nous sommes hors d'Europe !

On peut ainsi s'adresser à un Etatsunien, un Canadien, un Brésilien ou un Chinois en étant Européen autant sinon plus que ressortissant d'un de ses pays membres.

Si l'Union européenne disparaissait, l'Europe resterait un grand marché mais les Européens risqueraient fort de se retrouver marginalisés. Et « refaire » l'Europe serait bien hypothétique car il serait terriblement difficile de ressusciter une espérance déçue !.

Voilà pourquoi ces élections européennes, dont on parle actuellement si peu, sont si importantes. Elles nous rappellent qu'unis nous sommes une puissance, une force, une voix. Il nous revient donc d'être pleinement acteurs de cette voix !


François-Xavier BELLEST,
Sémiologue, administrateur d'E&E.