par Michel Theys, le jeudi 09 novembre 2006


Mercredi, milieu de journée : la Commission européenne met la Turquie en demeure de rentrer dans le rang, sous peine d'inviter les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne à suspendre les négociations d'adhésion.

Mercredi, fin de journée : le président Barroso donne une conférence à l'Université catholique de Louvain. Thème de la rencontre : "l'état de l'Union et l'agenda pour l'avenir de l'Europe". Surprise, le président de la Commission ne fait aucune référence au dossier turc. Cherchez l'erreur…


Le président Barroso fait recette. Mercredi soir, pas moins de 600 étudiants se bousculaient dans l'auditoire Socrate à l'occasion de la conférence organisée à Louvain-la-Neuve, dans la grande périphérie de Bruxelles, par l'Institut d'études européennes de l'UCL. Devant un public rapidement conquis, José Manuel Barroso a laissé libre cours à son réel talent de communicateur. Mais pour dire quoi ?

Le président de la Commission a parlé du "problème culturel" que l'Union européenne a par rapport à la mondialisation. A ses yeux, "l'Europe est trop sur la défensive" alors qu'elle devrait s'employer à "donner un visage européen à la mondialisation" en y instillant "ses" valeurs. Ce qui implique, a-t-il ajouté, que l'Europe communautaire s'adapte au contexte actuel "pour rester elle-même", tant il est vrai que, "aujourd'hui, le changement est la condition de la stabilité", cette évidence étant à la base de la Stratégie de Lisbonne.

Le président de la Commission a encore, au fil des minutes, vanté les mérites des élargissements précédents (grâce à eux, a-t-il observé, "l'Europe compte beaucoup plus aujourd'hui dans le monde qu'au début des années 90") et salué "la formidable force d'attraction" de l'Europe. Et de ponctuer son propos en invitant les Européens désireux de continuer à bâtir l'Union européenne à "combattre à la fois les fondamentalistes du marché et les fondamentalistes de l'Etat". Ce qui a été salué par un tonnerre d'applaudissements.

Lorsque le président de la Commission parle de "l'état de l'Union" et de "l'agenda pour l'avenir de l'Europe", est-il normal qu'il ne fasse pas la moindre référence au dossier turc qui empoisonne le climat intra-européen ? Est-il compréhensible qu'il ne mentionne le sujet de la Constitution en rade, suite au "non" français et néerlandais, qu'en réponse à une question venue de la salle et avec banalités à la clé ? Comme le constatait un observateur averti au sortir de l'auditoire, "la communication est, en l'occurrence, de l'information dépouillée de toutes aspérités". Pas sûr que ce soit la bonne manière pour retrouver l'oreille des citoyens européens.

A vrai dire, le "brouillard européen" reste la tentation de bon nombre de responsables politiques. Prenons, par exemple, Edouard Balladur. Dans "L'Europe autrement", ouvrage qu'il a publié récemment, cet ancien Premier ministre français reconnaît que la Commission "a été et demeure le moteur de la construction européenne", elle qui est "l'institution la plus intégrée et, en quelque sorte, une amorce de gouvernement fédéral". Et bien, cette institution qui, seule, a permis de garder l'église au milieu du village européen au cours des cinquante dernières années, Edouard Balladur propose de la… rabaisser et de la placer sous la claire subordination du Conseil des ministres qui, lui, "obéit à une logique intergouvernementale".

Pour faire de l'Union européenne une union politique, explique "l'ami de trente ans", "priorité doit être donnée à une instance purement politique". Certes, admet-il, "la Commission n'est pas aujourd'hui un organe seulement administratif" : elle est peuplée de femmes et d'hommes qui sont "engagés politiquement". Mais voilà, ajoute Edouard Balladur, il n'en demeure pas moins que, "derrière eux, sont à l'œuvre des logiques administratives qui ne doivent pas prévaloir sur la décision politique".

Quels que soient les reproches qui peuvent être formulés à l'encontre de la Commission et de la manière dont elle fonctionne aujourd'hui, cette analyse d'un ancien très haut responsable de l'Etat français relève de la manipulation mensongère la plus éhontée, tant il est vrai que la décision politique n'a jamais cessé, dans l'Union, de relever du Conseil – désormais flanqué, pour ce qui est du domaine communautaire, du colégislateur qu'est le Parlement européen. En clair, Edouard Balladur fait œuvre, en la matière, de désinformation. Qu'on ne s'étonne pas, dès lors, si les Français puissent dire "non" à une Constitution…





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