par Baudouin Bollaert, le jeudi 28 septembre 2006


A Lyon, fin septembre, à l'occasion des 5èmes universités d'été du Réseau Européen des Idées (European Ideas Network - EIN), sorte de "tête chercheuse" du groupe parlementaire PPE-DE, José Manuel Barroso a répété qu'il voulait alléger le droit communautaire de toutes les directives superflues.

De la même manière que trop de bureaucratie peut ankyloser la mécanique et les institutions communautaires, une législation trop abondante risque d'aboutir au même résultat. Déjà, à son époque, Jacques Delors lançait sur tous les tons : "Soyons inventeurs de simplicité !".

Le maquis règlementaire est souvent inextricable et la suppression de quelques textes inutiles relève du bon sens le plus élémentaire. Mais, au grand étonnement de l'actuel président de la Commission, il n'est pas si facile d'y parvenir. Au pied du mur, il se trouve toujours un Etat membre, en effet, pour s'opposer à cet exercice de salubrité publique…

José Manuel Barroso joue de la surprise. Il n'est pas assez naïf, cependant, pour ignorer que concocter et voter des lois est le seul vrai pouvoir qui reste aujourd'hui aux hommes politiques… D'où leurs réticences à scier la petite branche sur laquelle ils sont assis.

La Commission est d'ailleurs dans la même situation. Enlevez-lui le pouvoir de proposer des directives et elle se sentira émasculée ! A cet égard, Jean-Martin Folz, Pdg du groupe PSA (Peugeot-Citroen) qui vient d'annoncer un plan drastique de réduction des coûts avec un gel des embauches en Europe, a démontré à Lyon dans une table ronde sur la mondialisation que le mieux était souvent l'ennemi du bien. Après avoir expliqué aux participants de l'université d'été de l'EIN que l'industrie automobile du Vieux continent souffrait d'un marché européen encore trop segmenté, en particulier par la fiscalité et les règlementations nationales, M. Folz a souligné qu'en matière environnementale la Commission devait fixer des objectifs aux constructeurs, mais sans leur imposer des solutions techniques.

Il a surtout demandé au collège bruxellois et aux institutions communautaires de ne pas brûler les étapes en prenant pour exemple la norme européenne d'émission de gaz d'échappement "Euro 4". A peine était-elle entrée en vigueur en janvier dernier, s'est-il récrié, qu'on annonçait déjà "Euro 5" et "Euro 6"…

Pour Jean-Martin Folz, il est certes souhaitable de rendre les autos plus propres, mais il ne faut pas focaliser uniquement sur les constructeurs. Les nouvelles normes coûtent cher à mettre en œuvre, dit-il, et elles favorisent la concurrence asiatique qui n'est pas soumise sur son propre marché à des règlementations aussi sévères. De surcroît, en pénalisant le diesel, ces nouvelles normes écologiques poussent ipso facto à la relance de la consommation d'essence normale, ce qui ne peut que renforcer les émissions de gaz carbonique…

Bien sûr, M. Folz plaide pour sa paroisse. Mais ce grand chef d'entreprise est connu pour son sérieux et son intégrité. Et quand on sait qu'il va bientôt quitter ses fonctions à la tête de PSA pour partir à la retraite, la crédibilité de son message s'en trouve renforcée. L'homme n'a plus rien à perdre, ni à gagner.
Baudouin Bollaert
Journaliste, écrivain, professeur à Sciences Po et à Paris II (Affaires européennes et relations internationales). Il est l'auteur d'un roman (« Les obus ont la vie longue ») paru en 2005 aux éditions du Rocher et va publier en novembre une biographie d'Angela Merkel chez le même éditeur.


Baudouin Bollaert est journaliste, écrivain, professeur à Sciences Po et à Paris II (Affaires européennes et relations internationales). Il est l'auteur d'un roman "Les obus ont la vie longue", paru en 2005 aux éditions du Rocher et d'une biographie d'Angela Merkel à paraître le 23 novembre 2006 chez le même éditeur.