par Jean-Dominique Giuliani, le lundi 22 mai 2006


Le Monténégro a voté, le 21 mai, pour l'indépendance qu'il avait perdue, il y a 88 ans après la Première Guerre mondiale. Les guerres des Balkans et la trop grande prudence des puissances occidentales face à la question du Kosovo avaient retardé l'échéance, pourtant inéluctable.

Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que le message européen, celui du respect des identités nationales, était compris jusque dans les régions les plus reculées de l'Adriatique et que la Yougoslavie, construction artificielle désormais identifiée au communisme, avait vécu. Il faut se réjouir de cette issue. Les Monténégrins sont Européens ; ils ont fait preuve de raison et de retenue ; ils ne pouvaient plus être solidaires d'une Serbie qui refuse de rompre avec le nationalisme, comme en témoigne son refus de livrer ses criminels de guerre. Ils souhaitaient s'arrimer à l'Union européenne, au point d'avoir adopté l'Euro et d'avoir su instaurer une société ouverte dans une région troublée. Il n'y a pas d'avenir en Europe pour ceux qui se réfugient dans le passé et n'acceptent pas le message européen : respect des diversités, Etat de droit, droits de l'Homme.

Et ce message ne s'adresse pas aux minorités sécessionnistes d'Europe qui y verraient, à tort, un exemple. L'histoire aussi a ses raisons que l'extrémisme ne reconnaît pas, au Pays basque comme en Catalogne, qui n'ont jamais connu la forme étatique.

On aurait pourtant aimé une diplomatie européenne plus lucide et plus enthousiaste. Imposer que plus de 55% des Monténégrins votent oui à l'indépendance pour qu'elle soit reconnue est une grave entorse aux principes démocratiques les plus acceptés. Ce fut une véritable erreur ; il faut remercier les Monténégrins de s'être mobilisés et de n'avoir pas mis l'Europe dans la situation ubuesque où elle se serait retrouvée si une majorité de citoyens, mais moins de 55%, avait choisi l'indépendance. Espérons que la leçon sera entendue.

Dans la complexité de la diplomatie, il y a des limites à ne pas franchir, celles des principes. En démocratie, 50% plus un, c'est une majorité. Tous ceux qui ont contesté cette règle l'ont toujours fait pour de mauvaises causes.

L'Europe doit demeurer le gardien de la Démocratie, de l'Etat de droit et des droits de l'Homme. Le continent et le monde ont besoin d'elle à condition qu'elle-même soit irréprochable. Il est vrai que le combat démocrate reste une bataille de chaque jour.

Bienvenue à nos amis Monténégrins dans le club des démocraties européennes. On attend maintenant que ses voisins l'imitent !


Jean-Dominique Giuliani est président de la Fondation Robert Schuman
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