par Dominique Lecoeur-Petit Jean, le lundi 20 mars 2006


La question peut paraître politiquement incorrecte pourtant elle devrait être au cœur de toutes les réflexions sur l‘avenir de l'islam en Europe car, au-delà des discours convenus sur la tolérance, un constat s'impose : l'islam est majoritairement perçu, au sein de l'Union Européenne, comme un "produit importé" or, tout le monde en conviendra, cette situation n‘est pas saine.

Actuellement, personne ne peut nier l'existence, au sein des sociétés européennes, d'un profond malaise à l'égard de l'islam. Pourquoi un tel malaise? Peut-être parce que le communautarisme qui privilégie une approche politique de l'islam, peu perméable à la critique, a montré ses limites et ses effets pervers. Peut-être aussi parce que le rôle joué en Europe par certaines organisations dites "représentatives" plonge de nombreux européens dans la perplexité. Peut être enfin, parce que le débat public sur la réalité de l'islam en Europe a trop souvent été pollué par les errements tragiques du fondamentalisme à travers le monde.

Quoiqu'il en soit, il serait irresponsable de se satisfaire de cette état de fait. Aussi, le temps est-il venu pour le Conseil, la Commission Européenne et le Parlement Européen de rappeler, avec solennité, la primauté absolue de l'identité européenne, et des valeurs qui s'y rattachent, sur les identités religieuses qu'elles quelles soient. Parallèlement à ce rappel, tout doit être fait pour qu'un islam authentiquement européen, c‘est à dire compatible avec l'héritage des Droits de l'Homme, puisse enfin voir le jour en Europe.

L'urgence du moment n'est plus aux petits accommodements nationaux négociés avec des imâms formés à l'étranger mais à la définition d'une solution européenne ouverte sur l'avenir. Les européens de confession musulmane le savent très bien, la contribution de l'islam au 21° siècle ne passera pas par la guerre sainte mais par sa négation au même titre que tout ce qui est discriminant dans le coran.

Au regard du contexte international actuel, il serait coupable pour les européens de confession musulmane de ne pas utiliser la liberté qui est la leur pour promouvoir une "lecture européenne" du coran. Se refuser à ouvrir les champs des possibles, c'est pour l'ensemble des intéressés se condamner à devoir assumer, sur le plan social, toutes les dérives fanatiques commises au nom de l'islam car ne nous y trompons pas le choc des images sera toujours plus fort que le poids de la raison…

Aujourd'hui, l'intérêt supérieur de toutes les parties prenantes est de rechercher des solutions pérennes susceptibles de s'inscrire dans des stratégies transnationales concertées. La construction d'un islam européen ouvert à l'altérité doit faire partie des ces stratégies.

Toute la dynamique de la construction européenne est fondée sur l'innovation et l'intégration. Il n'y a aucune raison objective pour que l'islam reste à l'écart de cette dynamique. Aujourd'hui, rien n'interdit aux européens de confession musulmane d'opter pour la voie de l'émancipation, rien ne leur interdit non plus de sortir de la logique régressive de victimisation dans laquelle certains cherchent à les enfermer…

L'islam a su, dans un passé ancien, relever avec éclat le pari de la modernité. Puissent tous les européens de confession musulmane en être conscients pour jeter les bases d'un islam reformé.

Dominique Lecoeur-Petit Jean