par Arta Seiti, le vendredi 09 novembre 2007

La compétition actuelle de la stratégie diplomatique au regard d'une définition du statut du Kosovo ne semble pas obéir aux deux conjonctures serbes et kosovares albanaises. Dans ce climat, la définition "de la diplomatie idéaliste", selon Raymond Aron n'a pas suffi à créer la paix définitive.

L'intervention de l'OTAN en 1999 a conduit à une paix par la dissuasion, une paix dont l'enjeu a puni les premiers et a fait triompher les autres. Aussi fanatique que cette diplomatie puisse-t-elle paraître, elle ne met pas en jeu le dessein de la guerre et son objectif en vue "d'écarter une catastrophe humanitaire" dans la région. En outre, cette politique de puissance a-t-elle divisée les communautés dans l'ordre d'intérêts étroitement nationaux et a-t-elle permis de faire glisser les deux ethnies, dans une paralysie juridique, dont les objectifs concrets nationaux demeurent dépourvus de signification pour les deux parties respectives, serbe et kosovare albanaise.





De la dissuasion au consensus


L'idée directrice de la communauté internationale s'impose comme une doctrine de la paix et du consensus et s'attache premièrement à l'enjeu de stabilité dans la région, ainsi qu'à une tactique géostratégique eu égard au regroupement des minorités. Or, le fondement du consensus des acteurs internationaux ne fait nullement référence aux droits historiques des peuples, car la confusion d'une histoire intemporelle surcroît la pesanteur des revendications des deux ethnies. Cela étant, le consensus au regard d'une définition unanime des acteurs de l'Occident quant au statut du Kosovo n'est réalisable qu'en étant conforme à l'équité de principes universels des droits internationaux, exigée par les Russes. Ainsi, engagés dans une compétition incessante de concepts s'agissant de la posture stratégique de la Russie, les acteurs européens et américains se sont imposés des limitations et se sont soumis à une logique de "temporalisation" de négociations. Ces dernières ne constituent pas in fine, un "consensus", tout au contraire, s'agirait-il d'une prudence ou d'une obéissance passive à l'acception dite absolue de la définition du statut de l'indépendance du Kosovo, conduite par la Russie.


L'Antinomie géopolitique-géostratégie


Est-ce à dire que le Kosovo (comme d'autres dossiers aussi) serait devenu l'outil de guerre froide contre l'Occident ? En effet, la mise au point de la stabilité dans cette zone, depuis l'année 1999, est nourrie d'actions antinomiques diplomatico-stratégiques. Il a été question, au départ, de la stratégie dissymétrique et, par la suite, de l'asymétrie en tant que posture idéologique de tous les acteurs internationaux et locaux. Cette "stratégie-diplomatie" persuadait qu'en souhaitant réduire le rôle de la dissuasion par la mise en avance du consensus, mènerait à une "stratégie de sortie" en fonction d'une règle plus ou moins définie par les deux parties serbes et kosovares albanaises. Dans leur ensemble, les acteurs européens ont fait preuve d'une imperfection essentielle stratégique, incompatible avec le ressentiment national et l'angle géopolitique des deux communautés. Ainsi, une conduite de raisonnements opposés de Belgrade et du Kosovo au regard d'un territoire, s'enchevêtre à une autre conduite géostratégique des acteurs internationaux : chacune des parties se dit obéir, se soumettre à des normes et à des principes.

Il n'est pas trop tôt pour confirmer que ces négociations touchent les deux ethnies au point névralgique de leurs émotions nationales et politiques les plus violentes.

Cette illusion idéaliste quant à un consensus qui nécessiterait une conjoncture entre une "large autonomie", prônée par Belgrade et "une indépendance à part entière" ou "une indépendance sous surveillance internationale" (le Plan Ahtisaari) est menée à l'échec.


Quelle solution ?


Si le texte de 14 points d'accord présenté par la Troïka devant les groupes de négociateurs serbes et kosovars albanais est "neutre en terme de statut" pour le représentant européen Wolfgang Ischinger, cette neutralité ne pose pas les bases d'un statut décisif du Kosovo et ne rejoint pas l'ensemble des requêtes serbes et kosovars albanaises.

Comme le soulignait de nouveau Raymond Aron, "l'état est une personnalité d'abord au sens juridique, ensuite au sens moral et historique", le Kosovo contient inversement, cette volonté morale et historique. Cependant, pour qu'il devienne une personnalité juridique dans la durée, il serait opportun pour l'Union européenne de créer une pluralité de circonstances socio-économiques et de convenir à des tâches de missions de défense. Grâce à la transmission d'un appui légal par le secrétaire général de l'ONU, une coexistence de projets de défense et de socle socio-économique effectifs européens pourrait se mettre en œuvre.

C'est pourquoi, il faut proposer un contour européen économique commun pour les Balkans occidentaux, pouvant établir des garanties durables à terme pour toute cette zone.

Bien entendu, ces garanties seront valides si la communauté internationale est convaincue qu'un projet construit politique européen mérite d'être également soulevé.














Arta SEITI est Chercheur associé au Centre de Géostratégie de l'ENS et  coprésidente  du Groupe « Balkans » de L'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)