par Emmanuel Dupuy, le mardi 02 octobre 2007

La libération des huit infirmières bulgares apporte la preuve concrète qu'une nouvelle orientation de la politique étrangère française est en cours. Partout où les outils traditionnels de notre influence dans le monde ont échoué ou n'étaient tout simplement pas ou plus crédibles, Nicolas Sarkozy souhaite s'engager personnellement ou en déléguant à ses plus fidèles collaborateurs le soin de parler au nom de la France.


Ce fut vrai à Tripoli. De plus en plus de voix s'élèvent désormais pour que ce le soit au Darfour, entre frères ennemis palestiniens et israéliens, sur la gouvernance au sein de l'UE, au Liban ou encore pour la libération d'Ingrid Betancourt, détenue depuis cinq ans par les FARC en Colombie. L'on a même esquissé une implication croissante de la Présidence française dans la libération de Ang San Suu Kyi, prix Nobel de la paix birmane…

Au-delà de la polémique médiatique suscitée quant au statut de l'épouse du président de la République, la seule question pertinente qui mérite d'être posée est de savoir pourquoi cette "diplomatie parallèle", expérimentée avec succès de longue date outre-atlantique où l'on a coutume de croiser nombre d'anciens présidents ou hommes publics d'influence, "missi dominici" dûment mandatés pour prêcher la bonne parole américaine, s'est imposée comme recours à un certain manque de crédit de notre diplomatie traditionnelle, au lustre largement entamé par des locataires du Quai d'Orsay aux compétences inégales.

Comme le débat sur nos institutions semble également lancé, il serait logique qu'il rejaillisse aussi sur les acteurs de la politique étrangère, de défense et de sécurité, parfois en concurrence directe avec les interventions de l'Elysée.

Ce volontarisme ostentatoire de la France sur la scène internationale donne ainsi du crédit à ceux qui appellent de leurs vœux la création d'un Conseil national de sécurité, qui viendrait chapeauter voire remplacer certains rouages "grippés". Cette réflexion s'inscrit aussi dans le cadre des innombrables chantiers en cours (Livre blanc sur la défense, commission Bauer sur la coordination en matière de réflexion stratégique, rôle du Secrétariat général de la défense nationale - SGDN, rapport sur la place de la France dans la mondialisation confié à Hubert Védrine)…

La première des garanties est de ne pas "s'aligner" sur des modèles existants qui, faute de vision prospective et par paresse intellectuelle, aboutirait à créer de nouvelles structures vides de sens, dans le contexte national et européen.

Par ailleurs, à défaut d'avoir convaincu et su entraîner sur les mêmes voies de la refondation nos principaux partenaires, le risque demeure de les froisser, au point de se voir mis en porte à faux, par ceux-là même que l'on essaie de convaincre…

C'est peut-être à l'aune de ce travail de pédagogie que l'on pourra mesurer le retour pérenne et concret de la France dans le peloton de tête des grandes puissances, du moins en Europe…



Emmanuel DUPUY est président de l'Institut Prospective et Sécurité de l'Europe (IPSE) 
http://www.ipse-eu.org