par Régis Verley, le samedi 24 mars 2007

Démocratie participative. Le terme est à la mode. La participation directe du citoyen fait aujourd'hui partie des méthodes de gouvernance, et pas seulement durant les périodes de débats électoraux. La Commission européenne dans son " plan 3 D" a prévu d'interpeller directement le citoyen et de soutenir des actions publiques qui doivent permettre de rapprocher les Européens des institutions européennes.


La Fédération des centres sociaux français pilote aujourd'hui un projet européen et a organisé, trois jours durant à Marseille, un "forum de la démocratie participative en Europe". Dans six pays européens des groupes de citoyens se sont penchés sur trois documents communautaires : le texte de la " Constitution européenne", le "Livre blanc de la jeunesse" et le "Livre blanc sur la gouvernance".

En France, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Finlande et en Roumanie, des groupes de jeunes, ou de femmes, ou d'adultes ont été invités à discuter de ces trois documents importants.

Les résultats ne nous surprennent pas. Les citoyens européens ont eu l'impression de débarquer sur la planète Mars. Un animateur de jeunes, italien, raconte : "J'ai invité des jeunes à discuter du Livre blanc pour la jeunesse. Ils n'y ont rien trouvé de ce qui concerne leur propre vie. Quand je leur ai dit que des représentants des jeunes avaient participé à l'élaboration du Livre, alors ils se sont demandé quels pouvaient bien être ces jeunes qui à Bruxelles avaient parlé en leur nom et qui ne connaissaient rien des préoccupations des jeunes actuels".

Au point qu'au cours du Forum de Marseille, certains ont suggéré qu'on demande aux institutions européennes non pas seulement une traduction dans les différentes langues européennes mais également une traduction culturelle dans le vocabulaire de chacun, compréhensible par tous.

"Je trouve," a ajouté un participant "que si on rédige un livre blanc sur la jeunesse autant vaudrait que ce soit les jeunes eux même qui le rédigent… ". La proposition est sans doute un peu démagogique dans une Europe qui, on le sait, ne peut pas tout. Une responsable roumaine a rappelé qu'il fallait aussi faire preuve de réalisme : "en Roumanie chacun était persuadé que l'Europe allait régler tous les problèmes, donner un emploi, améliorer les salaires et les retraites. Evidemment cela fait des déçus ".

Pêle-mêle les critiques pleuvent. Les élus européens sont trop éloignés du terrain : "pourquoi ne les voit–on jamais, pourquoi ne viennent-ils pas rendre compte de leurs actions sur le terrain ?" demande un portugais. "Il faudrait au moins un feed back. On nous demande notre avis mais jamais nous ne savons ce que deviennent nos propositions" ajoute un finlandais.

Les autorités nationales ne sont pas épargnées : "on ne sait jamais ce que proposent et décident ceux qui nous représentent" estime un participant roumain, ajoutant : "les dirigeants reviennent des sommets européens pour crier victoire ou se plaindre mais nous ne savons pas ce qu'ils ont fait ou dit."

Il y a, note Louis Flandin président de la fédération des centres sociaux, une crise de la société politique ou plutôt une "mutation" en cours. Les citoyens ne se retrouvent plus dans la démocratie représentative traditionnelle et la distance qui sépare les élus des citoyens s'accroît. La méfiance s'aggrave. Pour régler la question les institutions créent du mouvement du sommet vers le bas. C'est ce qui se passe avec le « plan 3D » où la Commission décide de s'adresser aux citoyens. Mais c'est ce qui passe aussi au niveau national où, soudain, des responsables politiques découvrent le citoyen et l'invitent à s'exprimer. Il faut, estime-t-il, inverser le mouvement. C'est par des projets, des regroupements entre européens désireux de travailler ensemble et qui interpelleront les autorités légitimes qu'on réduira la distance.

Et précisément, à Marseille, les projets n'ont pas manqué. Un simple exemple : au Portugal une association a invité des femmes à s'exprimer et à agir. "Le problème c'est que beaucoup d'hommes ont émigré et les femmes se sont retrouvées seules pour tout assumer" explique un des animateurs portugais. "Mais," répond une roumaine, "c‘est exactement ce qui se passe chez nous où un grand nombre de roumains émigrent et laissent les femmes et plus souvent encore les enfants sur place". Le contact est vite noué l'expérience portugaise servira en Roumanie. Il n'en faut pas plus pour créer des communautés entre européens.

La conclusion du forum de Marseille est sans doute celle-là : c'est par ces projets qu'on partage entre citoyens qui se découvrent des identités communes et qu'on bâtira l'Europe plus que par des textes fondamentaux trop éloignés des préoccupations communes.




Regis Verley est journaliste indépendant