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Samedi 20 Novembre 2004
L’Europe la chance de la femme ?
[Jean-Michel Floc'hlay]
Pendant longtemps les femmes n’ont pas été considérées à l’égal de l’homme. Cependant au cours du XXè siècle elles se sont progressivement émancipées pour obtenir divers droits individuels qui leur étaient jusqu’alors refusés : droit de vote, droit d’exercer une activité professionnelle sans demander l’autorisation au mari, droit d’exercer l’autorité parentale à égalité avec le père. Elles ont aussi accédé de plus en plus nombreuses à l’Université pour poursuivre des études supérieures.
Des disparités toujours existantes
Malgré ces progrès, l’étude de Pascale Joannin, révèle, que dans de nombreux domaines, l’égalité parfaite est loin d’être réalisée. Les femmes souffrent toujours d’importantes discriminations. Dans le domaine professionnel tout d’abord que ce soit au niveau de l’embauche, des revenus ou de la carrière, les inégalités sont patentes par rapport aux hommes. Le travail de la femme est toujours trop souvent considéré comme complémentaire à celui de l’homme. Si en 1991 le taux d’emploi des femmes dans l’Union européenne était inférieur de 24,1 point à celui des hommes, il est encore de 17 points en 2003 : 56% pour les femmes contre 73% pour les hommes. La proportion des femmes exerçant une activité est cependant plus élevée dans les pays scandinaves : ainsi elle sont 73% à travailler en Suède et au Danemark et 67% en Finlande contre 42% en Italie, 43% en Grèce, 44% en Espagne, 58% en Allemagne, 56,4% en France et 51% en Belgique et au Luxembourg. L’une des principales caractéristiques du travail féminin est l’emploi à temps partiel. Dans l’Union européenne il concernait en 2001 environ 33,4% des femmes contre 6,1% des hommes. Les femmes y ont le plus souvent recours pour concilier leur activité professionnelle avec l’éducation de leurs enfants. D’ailleurs un des facteurs pouvant aider les femmes à exercer une activité professionnelle normale réside dans l’existence de services de garde ou de centres d’activité pour enfants. Ainsi en Allemagne, alors que 79% des femmes travaillent à temps plein avant d’être mères, elles ne sont plus que 19% après la naissance de leurs enfants. La raison en est simple : il n’existe que peu de crèches ou halte garderies et l’école se termine à la mi-journée.
Les mêmes discriminations ou disparités se retrouvent aussi au niveau politique, la sous représentation des femmes demeure flagrante dans la vie publique. La moyenne de parlementaires féminins se situe à 21,5% dans l’actuelle Union européenne. Mais là aussi l’Europe du Nord est en avance. Selon Pascale Joannin, la religion est invoquée comme un des facteurs justifiant cette différence. Les pays protestants, comme les pays scandinaves, connaissent un représentation féminine beaucoup plus prononcées : les femmes représentent 45,3% du corps électoral en Suède, 38% au Danemark, 37,5% en Finlande et 36,7% aux Pays-Bas. A contrario c’est dans les pays catholiques que la présence des femmes dans les Parlements nationaux est la plus faible comme en Italie avec 11,5%. C’est parce que les hommes se sont pendant trop longtemps réservés les premières places des listes électorales en reléguant les femmes au second plan que de nombreux pays ont décidé d’instaurer des quotas. Mais il s’agit avant tout d’une question de volonté politique.
Le rôle déterminant de l’Europe
Pour gommer ces disparités et améliorer la place de la femme dans la société l’action de l’Union européenne a été tenace et durable. L’égalité entre les hommes et les femmes est inscrit dans tous les Traités communautaires et l’Union européenne dispose d’un véritable arsenal législatif pour la faire respecter : la Charte sociale européenne, le protocole social annexé au traité de Maastricht ainsi que plusieurs directives et une jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes.
L’action de l’Union européenne porte sur de nombreux domaines allant de la rémunération, à l’accès à la formation et à l’emploi, au temps de travail, à la protection sociale de la maternité, au congé parental ou au harcèlement sexuel. Mais elle sait aussi qu’il reste encore des écarts significatifs à combler. Elle s’est ainsi donné, par exemple, comme objectif de parvenir d’ici à 2010 à un taux d’emploi féminin de 60% contre 56% actuellement. Elle recommande également que des structures d’accueil soient mises en place d’ici à cette date pour au moins 90% des enfants ayant entre trois ans et l’âge de la scolarité et pour au moins 33% des enfants âgés de moins de trois ans.
Finalement l’Europe est en pointe dans cette évolution vers la parité totale hommes-femmes. Elle est devenue le lieu approprié où les décisions s’imposent, suscite les initiatives et incite les Etats membres à prendre les mesures les plus audacieuses pour définir un modèle européen. Les femmes, affirme Pascale Joannin, ont trouvé en l’Union européenne un de leur plus fervents soutiens. A ce rythme elle pourra dans quelques décennies devenir, dans ce domaine, un modèle pour le monde entier.
L'Europe : une chance pour la femme
Fondation Robert Schuman
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