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Lundi 26 Janvier 2004
La France et l’élargissement de l’Union européenne
[Anne-Sophie Crouzet]

Le 1er mai prochain, l’Union européenne accueillera la République tchèque, l’Estonie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Slovénie et la Slovaquie. Un élargissement sans précédent par le nombre de pays concernés mais aussi par son symbolisme : le traité d’adhésion, signé à Athènes en juin 2003, concrétise la chute définitive du bloc de l’est et du joug communiste. La France a joué un rôle déterminant dans le processus d’adhésion de ces dix pays, et ce dès le début des négociations. Aujourd’hui, son engagement en faveur de l’élargissement ne faiblit pas. Et pour cause : il offrira de nombreux avantages, économiques comme politiques, à l’Hexagone et à l’ensemble de ses partenaires européens.

L’élargissement, la «réalisation d’un rêve»
Le 1er mai 2004, dix pays entreront officiellement dans l’Union européenne. Pour le gouvernement français, cette échéance, qui symbolise la fin de la division de l’Europe en deux, représente "la réalisation d’un rêve", selon les mots de la ministre déléguée aux Affaires européennes Noëlle Lenoir, "celui de ceux qui étaient dans le bloc communiste et aussi celui des pays d’Europe de l’ouest qui ont toujours su qu’un jour ou l’autre les pays de l’est les rejoindraient".
Pour le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, il s’agit de la "reconstruction de notre continent sur des bases pacifiques". "Pour la plupart des pays concernés, le traité d’Athènes est la traduction juridique de la fin du totalitarisme et la garantie qu’il ne pourra pas de nouveau obscurcir leurs espoirs" avait-il déclaré fin novembre à l’Assemblée nationale, lors de l’examen du projet de loi autorisant la ratification de ce texte. Quant au ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, il expliquait quelques instants plus tard qu’avec ce cinquième élargissement, l’Europe "retrouve le visage qu’elle avait ébauché au Moyen-Âge, qui paraissait, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, ruiné à jamais par la logique des blocs".

La France, un pays moteur de l’élargissement
La France a joué un rôle essentiel dans la réalisation de l’élargissement. Premièrement, son président Jacques Chirac a été un des premiers dirigeants européens à le souhaiter et surtout à le vouloir ample, à l’inverse des précédents qui ne concernaient que quelques pays. Par la suite, la France a été également l’un des premiers Etats à accompagner la procédure de pré-adhésion, dès 1998.
Cet engagement a perduré par la suite. Aujourd’hui, Jean-Pierre Raffarin affirme que son gouvernement "est autant engagé pour l’approfondissement que pour l’élargissement de l’Europe". La France a ainsi entrepris de rénover la relation franco-allemande, fondée aujourd’hui sur la capacité à élaborer des réformes communes et à formuler des ambitions élevées pour l’Union. Pour le Premier ministre, elle affirme aussi son désir de mettre l’Europe au service des Européens et de construire pour cela un espace de croissance durable nécessaire pour l’emploi et le progrès social. "L’Europe est pour la France une volonté, celle de faire advenir un modèle de société fondé sur les Droits de l’Homme, le développement économique et la solidarité" insiste-t-il.

Les futurs Etats membres, sont-il prêts ?
Selon le dernier rapport d’évaluation de la Commission européenne, des lacunes persistent dans les futurs pays membres de l’Union européenne, notamment en matière de sécurité alimentaire, d’administration et de justice. Du côté des citoyens des Quinze, notamment des Français, cette situation inquiète. Mais les membres du gouvernement français s’attèlent à rassurer les anxieux. Le chef de la diplomatie Dominique de Villepin assure qu’il ne fait aucun doute que les Dix "seront prêts le 1er mai prochain", même s’il leur reste des efforts à accomplir. Ces efforts seront en outre facilités par les programmes de pré-adhésion, qui ne s’achèveront qu’en 2006, puis par les fonds structurels, qui les aideront à accomplir les réformes encore nécessaires.
Les Etats membres ont par ailleurs prévu des «clauses de sauvegarde» afin d’empêcher notamment que la sécurité sous toutes ses formes ne soit entamée. Elles permettront par exemple l’interdiction d’importer dans les Quinze des produits alimentaires non conformes aux normes européennes.
Au centre des inquiétudes de certains politiques et citoyens se trouve également la crainte de la perte de la souveraineté nationale. De ce côté là, le gouvernement se veut également rassurant. Il assure "qu’il n’y a pas d’antagonisme entre l’Europe et la nation". "L’Europe n’est pas une nouvelle nation, c’est une forme inédite et jamais conçue de souveraineté commune entre des nations" explique Jean-Pierre Raffarin.
Quant à la peur d’une immigration massive, le Premier ministre rappelle l’élargissement de l’Union à l’Espagne et au Portugal, qui avait lui aussi provoqué de vives inquiétudes, et que finalement personne ne regrette.

L’élargissement, une chance pour la France
L’Europe des Quinze, confrontée à une conjoncture économique atone particulièrement marquée en France, tirera de nombreux avantages de l’élargissement. Le marché unique s’étendra à 75 millions de consommateurs, et l’économie européenne bénéficiera du dynamisme de la croissance dans les nouveaux Etats membres : celle-ci y atteint en effet jusqu’à 4%. Les entrepreneurs français, notamment les petites et moyennes entreprises, bénéficieront ainsi de nouvelles opportunités bienvenues dans le contexte actuel. Les sociétés de l’Hexagone ont été nombreuses à comprendre le potentiel des pays de l’élargissement : elles y exportent chaque année pour plus de 15 milliards d’euros, soit quatre fois plus qu’il y a dix ans.
D’un point de vue géographique, l’élargissement permet à l’Europe de construire sa continuité territoriale, de l’Atlantique à la Baltique grâce à l’adhésion des pays baltes et de renforcer sa dimension méditerranéenne grâce à celle de Malte et Chypre.
L’adhésion des Dix a en outre forcé l’Europe des Quinze à se pencher sur la réforme des institutions communautaires pour les rendre plus transparentes, plus démocratiques et plus à même de faire avancer l’Union. Certes, la conférence intergouvernementale a échoué, les Vingt-cinq n’ayant pu trouver un consensus sur des points fondamentaux de la future Constitution européenne, notamment celui concernant le vote à la majorité qualifiée. Mais ce projet de traité, de l’avis de tous, reste d’actualité et se finalisera peut-être sous la présidence irlandaise. Grâce à cette Constitution, corollaire de l’élargissement, l’Europe pèsera davantage sur la scène internationale, en particulier dans le domaine de la défense, et disposera d’un poids supplémentaire dans les organisations internationales comme l’ONU. Un progrès qui servira chacun des Etats membres de l’Union, dont, bien évidemment, la France.

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