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Lundi 22 Décembre 2003
« La France grâce à l’Europe »
[Anne-Sophie Crouzet]

"Comment la France ferait-elle pour changer, s’adapter, inventer sans l’Europe, dans ce monde qui est devenu le nôtre, avec ses nouvelles contraintes, ses nouvelles exigences de qualité et de sécurité mais également ses nouvelles possibilités ?" Voici la question posée par Jean-Paul Betbeze, directeur de la stratégie au Crédit Lyonnais, dans une note dont il est l’auteur. Intitulé «La France grâce à l’Europe» et publié par la Fondation Robert Schuman, cet ouvrage dresse un plaidoyer : l’Europe est le moyen de changement de l’Hexagone.

La France a un rôle à jouer pour accroître l’influence de l’Europe
Dans la première partie de "la France grâce à l’Europe", Jean-Paul Betbeze décrit les difficultés de la situation économique internationale, à l’origine d’une croissance très faible : seulement 0,5% en Europe pour 2003. Le monde peine à s’en remettre : il reste sous l’influence des Etats-Unis, eux-mêmes victimes d’un triple choc touchant à leurs valeurs mobilières, à leurs «valeurs militaires» et à leurs valeurs morales.
Les valeurs mobilières américaines, particulièrement affectées par la bulle boursière, ont pesé sur la consommation et l’investissement, ainsi que sur les fonds propres des entreprises. L’Europe peut tirer diverses leçons de cette situation. D’une part, si elle avait davantage développé ses propres innovations, elle aurait pu financer ses excès. D’autre part, le Vieux Continent n’a pu jusqu’à présent faire entendre sa voix et devra donc renforcer ses moyens en analyse financière et en gestion d’actifs. La France, qui dispose d’une des plus grandes gestions d’actifs du monde, peut faire valoir ses opinions et ses expertises dans ce domaine.
Les valeurs militaires d’outre-Atlantique ont quant à elles été malmenées par les évènements du 11 septembre 2001, la montée du fondamentalisme islamique et la guerre en Irak. L’Europe a un rôle décisif à jouer pour la paix dans le monde, tant sur le plan diplomatique que sur le plan opérationnel. Dans ce cadre, la France est appelée à faire valoir une stratégie «d’Europe puissance».
Enfin, les valeurs comptables des Etats-Unis ont été victimes du scandale Enron et des suivants. Le Nouveau Continent est cependant sur le point de rétablir le retour de la confiance et la reprise des marchés d’action. L’Europe risque donc d’être à nouveau pénalisée par son retard dans ce domaine. L’Hexagone, qui défend des approches moins financières de la comptabilité, a ici un rôle à jouer et mérite la considération de ses partenaires européens.

Les lacunes européennes en matière de réformes structurelles
Jean-Paul Betbeze constate en premier lieu que les écarts de situation et d’activisme entre les économies américaine et européenne sont considérables.
Comme le précise l’auteur de la note, l’Europe accuse un retard substantiel en ce qui concerne les réformes structurelles, ce qui freine les possibilités de croissance, tant pour la France que pour l’ensemble du continent.
Jean-Paul Betbeze souligne ainsi le manque de flexibilité des marchés du travail ou encore les lacunes des services publics qui, du fait de leur situation de monopole s’éloignent de leurs missions. Il revient également sur le vieillissement de la population et son corollaire, le problème de retraites, ainsi que les conséquences en terme d’emploi du degré élevé de protection adopté par l’Europe sur les marchés de ses produits.
En raison de ces retards, l’Union en général et la France en particulier mettent leur avenir en péril en gâchant leur potentiel. Leur croissance en est de plus gravement affectée.
Une solution existe cependant : l’UE doit mener une double action de croissance et de stabilisation. Il s’agit d’adopter des mesures de développement et de méthodes, tout en offrant davantage de moyens aux politiques locales, nationales ou régionales.

Le rapport Sapir : intéressant mais incomplet
Face au bouleversement qu’impliquent l’élargissement désormais imminent de l’Union européenne et la conjoncture économique, l’économiste belge André Sapir, de l’Université Libre de Bruxelles, a présenté en juillet 2003 un rapport au président de la Commission européenne Romano Prodi, dans lequel il préconise une remise à plat de l’organisation budgétaire de l’Union.
André Sapir propose de revoir l’organisation du budget européen en passant des régions aux nations et en réduisant la part du budget agricole. Il suggère en outre de donner davantage de pouvoir budgétaire à l’Europe en liaison avec l’objectif de croissance.
Pour Jean-Paul Betbeze, ce rapport donne certes des pistes de travail, mais oublie de préciser qu’il faut gérer la concurrence fiscale entre les Etats. Le directeur de la stratégie au Crédit Lyonnais insiste sur la nécessité de développer rapidement la fiscalité sur une base européenne des groupes, puis d’étendre cette mesure aux 7000 sociétés européennes cotées qui pourront opter pour le statut de société européenne. Cela empêcherait le «dumping fiscal» mais impliquerait également que les Etats se modernisent car cette logique réduirait les ressources fiscales venant des entreprises.
L’ensemble de cette dynamique comporte de nombreux enjeux, mais également beaucoup de tensions et de craintes, elles-mêmes explicables et légitimes. Selon Jean-Paul Betbeze, il ne sert désormais plus à rien de faire en France un mauvais procès à l’Europe : cela est loin de servir le pays qui doit continuer ses réformes privées et publiques, dans et par l’Europe.

http://www.robert-schuman.org" target="blank">Le site de Fondation Robert Schuman

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