À propos
Partenaires
Contact
 
Web www.fenetreeurope.com

Dossiers

Lundi 07 Octobre 2002
Les nouvelles technologies : un défi pour l’Europe
[Anne-Sophie Crouzet]


Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, appelées NTIC, ont envahi notre quotidien. Internet, Intranet, téléphonie mobile, CD-rom... sont des techniques de plus en plus en plus utilisées de par le monde. Elles participent aujourd’hui pleinement aux progrès économiques des pays en améliorant la compétitivité industrielle et en améliorant les échanges. L’Union européenne tente de promouvoir les NTIC dans les Quinze. Mais à ce jour, en raison de l’absence de politique commune dans ce domaine, elle peine à rattraper son retard sur les Etats-Unis.

L’Union européenne a-t-elle pris conscience des enjeux des nouvelles technologies? Pour de nombreux observateurs, la réponse est négative. Les chiffres montrent que le Vieux Continent ne parvient pas à atteindre, dans ce domaine, le niveau des Etats-Unis : en 2001, seuls 40% de la population européenne surfaient sur Internet, contre 57% de la population américaine. Ce résultat est certes encourageant (en 2000, le taux de pénétration d’Internet était seulement de 25,5%) mais reste insuffisant pour le défi que l’Europe s’est lancé : être d’ici à 2010 l’économie de la connaissance la plus puissante du monde.

L’Europe à la traîne des Etats-Unis?
En terme de nombre d’utilisateurs et d’équipements, le Vieux Continent n’est pas encore à la hauteur des Etats-Unis qui restent dominants dans ce domaine. Les nouvelles technologies restent incompréhensibles pour de nombreux européens, alors qu’elles ont intégré une grande majorité des foyers et des entreprises américaines.
Le savoir-faire n’est pas la cause de ce retard. Les entreprises européennes spécialisées dans les NTIC sont tout aussi performantes que leurs homologues d’outre-Atlantique, à l’instar des niveaux de formation des ingénieurs et des spécialistes.
Le retard pris par l’UE provient de la façon dont sont gérées ces compétences et ces outils. En premier lieu, il n’existe pas de politique commune aux Etats membres dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. Cette absence de cohésion freine considérablement les avancées en la matière, et crée au sein même de l’UE des divergences.
De plus, il n’existe pas ou peu de réglementation européenne sur le sujet.

La fracture numérique en Europe.
Toutes les études le montrent : l’Europe des nouvelles technologies souffre encore d’un clivage nord sud. L’étude de l’accès à Internet démontre cet état de fait. En 2001, 62% des Danois et des Norvégiens se connectaient régulièrement au web, contre 15% des Portugais et 26% des Espagnols. Ces inégalités résultent de divers facteurs parmi lesquels le niveau de développement des pays, l'antériorité de l'accès à l'Internet et le taux d'équipement informatique des foyers.
Il existe par ailleurs une fracture numérique propre à chaque Etat. Force est de constater que celle-ci correspond, à peu de choses près, à la fracture sociale : les utilisateurs de nouvelles technologies possèdent, dans leur grande majorité, un niveau d’études et des revenus supérieurs à la moyenne de la population. Contrairement aux Etats-Unis, les NTIC en Europe ne sont pas accessibles à tous.

Les lacunes de la formation européenne.
Les Etats européens bénéficient d’un savoir-faire de qualité mais manquent de la main d’oeuvre nécessaire à son exploitation. En 1998, le chancelier allemand Gerhard Schröder fraîchement élu annonçait ainsi sa décision d’accorder 20 000 visas de travail à des informaticiens indiens et d’Europe centrale, alors que le pays comptait déjà quatre millions de chômeurs.
Cette pénurie de personnel qualifié provient d’un manque d’anticipation des nouvelles technologies. Désireuse de prendre en compte le caractère incontournable des NTIC, la France a par exemple décidé d’améliorer l’équipement informatique dans ses écoles et ses universités ...sans penser à former les enseignants qui ont tâtonné sur les claviers en même temps que leurs élèves.
Là encore, le clivage social s’est fait ressentir : seuls les établissements dotés de confortables ressources financières ont pu s’offrir des formateurs spécialisés.
Aux Etats-Unis, la formation en matière d’informatique a évolué parallèlement au développement du secteur. Les écoles et universités américaines ont ainsi été dotées, dans le même temps, des équipements et des personnes chargées de former étudiants et enseignants. Ce procédé a permis l’immersion immédiate de la population dans le monde des NTIC.

L’absence de législation européenne.
A ce jour, seule une directive européenne de 1995, qui concerne la sécurité, est directement consacrée aux NTIC. Le reste du secteur obéit au principe de la concurrence.
Cette situation risque de condamner à terme les opérateurs historiques de télécommunications. En effet, l’ouverture du marché a provoqué l’arrivée de nombreux concurrents non tenus par les obligations de service public imposées à l’ancien monopole. Les nouveaux venus, soucieux avant tout de générer des bénéfices, optent ainsi pour des services peu coûteux à mettre en place et rémunérateurs. Comme le souligne Noël Beck, directeur qualité à France Telecom et président du groupe de travail TIC chez Europe et Entreprises, «aucun opérateur ne voudra installer un réseau téléphonique dans une région dépeuplée seulement pour installer quelques lignes. Il est bien plus facile d’installer un réseau à la Défense où il n’y a que vingt mètres de câbles à tirer!».
Les opérateurs historiques, soumis aux mêmes règles de concurrence que les opérateurs privés, tout en ayant davantage d’obligations, risquent à terme de ne plus pouvoir faire face à la concurrence. C’est d’ailleurs le cas dans plusieurs Etats européens : France Télécom et Deutsche Telekom sont au bord de la faillite.
Le vide législatif européen provoque également des nuisances écologiques. Le principe de la dérégulation non encadrée a provoqué une explosion du nombre d’antennes sur les toits des immeubles des grandes villes européennes. Or, au niveau technique, rien ne justifie la présence de plusieurs antennes au même endroit.
A l’opposé de l’Europe, les Etats-Unis ont opté pour une stricte régulation des NTIC par la FCC, la Federal Communication Commission. Cette instance impose à l’opérateur qui a installé la première antenne de louer son installation à ses concurrents si nécessaire. Elle effectue par ailleurs un prélèvement sur toutes les factures encaissées par un opérateur. Cette somme sert à subventionner les écarts de coût dans les zones rurales, à affecter des lignes gratuites de téléphone aux plus défavorisés et à fournir gratuitement des accès Internet dans les écoles et les librairies. Grâce à ce système, les NTIC se diffusent plus rapidement.

L’absence de politique commune
Le développement des NTIC en Europe est également freiné par le manque de concertation entre les Quinze. L’UMTS en est le meilleur exemple. La mise en oeuvre de ces téléphones mobiles «de troisième génération», proposant des services comparables à ceux d’Internet, ne cesse de prendre du retard. Les opérateurs, effrayés par des coûts de développement incompatibles avec leurs endettements, ajournent ou annulent leurs projets . Pour Gérard Larcher, président de la commission des affaires économiques au Sénat et spécialiste des problèmes de réglementation des télécommunications, cette opération «est de loin la plus grosse erreur commise ces dernières années, qui s’explique par l’absence de politique européenne (...)quand on voit ce que la Grande Bretagne, ou l'Allemagne, a pompé sur les marchés financiers sur des ventes de licences qui au mieux pouvaient produire 100 milliards d'euros dans quelques années, on comprend les difficultés globales de France Télécom».
S’ils avaient agit conjointement, les Etats européens auraient pu réduire substantiellement le coût de cette opération et l’UMTS aurait peut-être déjà vu le jour.

L’Europe doit réagir immédiatement.
L’Union européenne doit aujourd’hui prendre conscience des multiples enjeux que représentent les NTIC. Enjeu économique tout d’abord : selon le Bureau d’Information et de prévisions économiques, les NTIC contribuent à un apport supplémentaire annuel de croissance variant entre 0,6% et 1,6% du PIB. Dans le contexte de ralentissement économique que connaît actuellement le Vieux Continent, le développement des nouvelles technologies n’est donc pas à négliger.
Grâce à ces nouveaux outils de communication, les citoyens des Etats membres peuvent également dialoguer entre eux et mieux se connaître. Ils ont à leur disposition une multitude d’informations sur la construction européenne, sur les pays voisins et ceux qui rejoindront prochainement l’Europe. Les NTIC permettront donc, à terme, de favoriser considérablement l’émergence d’une citoyenneté européenne qui fait encore défaut.

http://www.europe-entreprises.com" target="_blank">Europe & Entreprises organise à Lyon les 21 et 22 novembre 2002 un colloque : "Enjeux économiques et sociétaux des Technologies de l'information et de la communication". Trois axes seront explorés : dimension et actions européennes, prospectives socio-économiques et rôle des équipementiers, territoires en réseaux et mondialisation.
Dossiers en liens
Technologies de l’information et de la communication : les enjeux européens. [07/02/2003]

Articles en liens
Une série de CDD n'est pas un abus, selon la CEJ. [27/01/2012]
Infractions routières : la Commission attaque la base juridique de la directive. [26/01/2012]
Ashton condamne les attentats anti-chiites en Irak. [06/01/2012]
Les prêts entre particuliers se développent en France. [29/12/2011]
En 2011, près de la moitié des entreprises dans l'UE27 ont accès à internet. à large bande. [13/12/2011]
Justice : la Commission propose de simplifier ses programmes . [16/11/2011]
UE : interdiction de breveter la destruction d'embryons humains. [18/10/2011]
Rachat de dettes publiques par la BCE. [28/09/2011]
Les propositions sur l'accès à un avocat très critiquées . [23/09/2011]
L'accès à un avocat divise les Vingt-sept. [23/09/2011]

Chroniques en liens
L'Union européenne mise sur les technologies de l'Information et de la Communication. [24/02/2010]
Justice; Liberté et Sécurité : entretien avec Jacques Barrot. [20/11/2009]
Les TIC sont au cœur de la réussite de l’intégration euro-méditerranéenne. [23/09/2009]
Union européenne : "L'Europe qui protège", ou l'Europe bouc émissaire?. [17/04/2009]
La Cour de Justice des Communautés européennes et les Entreprises. [07/11/2008]

Vidéos en liens
TIC : les enjeux sociétaux et économiques. [10/02/2003]
Les nouvelles technologies : un défi pour l’Europe. [07/10/2002]


À propos  -  Partenaires  -  Contact - Copyright 2012 Fenêtre sur l'Europe