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Jeudi 04 Octobre 2001
La journée européenne des langues
[Anne-Sophie CROUZET]


" L'apprentissange des langues est une activité accessible à tous, qui nous ouvre de nouveaux horizons. J'invite le public et les médias à fêter avec nous l'un des principaux atouts de l'Europe : nos langues ". Par ces mots, la commissaire européenne chargée de l'Education Viviane Reding a ouvert le 26 septembre dernier la " Journée européenne des langues ", où tous les idiomes, même les plus minoritaires, étaient célébrés.
L'année 2001 toute entière a été proclamée " Année européenne des langues " par l'Union européenne et le Conseil de l'Europe. A l'heure où l'anglais s'impose de plus en plus comme la langue véhiculaire au niveau mondial, l'Europe veut rappeller l'importance de la diversité linguistique et encourager l'apprentissage des langues étrangères.
Par cette action, les institutions européennes veulent également montrer leur respect de l'identité culturelle de chaque européen et démentir l'accusation selon laquelle elles voudraient elles aussi, par facilité, imposer l'anglais sur le Vieux Continent.

Avec ses quinze pays et ses onze langues (bientôt 27 pays et 22 langues!), l'Union européenne s'affirme comme un véritable " puzzle " culturel et linguistique. Elle revendique d'ailleurs cette pluralité et multiplie les actions destinées à préserver les particularités de chaque pays et de chaque région. " L'unité dans la diversité ", la devise choisie par l'UE, parle d'elle-même.
Mais si cette disparité linguistique constitue une évidente richesse culturelle, elle génère également de grandes difficultés de communication entre les européens et freine la création d'une véritable identité européenne. Les chiffres sont éloquents : selon une enquête Eurobaromètre effectuée par la Commission en décembre 2000, 47% des européens ne connaissent que leur langue maternelle, même si 71% d'entre eux pensent que chaque européen devrait être capable de s'exprimer dans une autre langue européenne.
Un constat s'impose : alors que l'on a instauré une monnaie commune, une citoyenneté européenne, une ouverture des frontières, les relations entre les européens restent largement gênées par le barrage des langues.

Certains résultats sont encourageants et laissent espérer que la jeune génération saura surmonter la barrière des langues pour profiter pleinement des avantages de la citoyenneté européenne. 93% des parents européens pensent en effet qu'il est important que leurs enfants apprennent d'autres idiomes et suivent de près le bon déroulement de cet apprentissage. Mais les orientations choisies sont-elles judicieuses?
En effet, la suprématie de l'anglais conduit aujourd'hui les élèves et les étudiants à des orientations aberrantes. Dans les régions transfrontalières où la connaissance de la langue des pays limitrophes est essentielle, les parents persistent à inscrire leurs enfants dans les classes " anglais première langue ". Ainsi, en Alsace-Lorraine, la majorité des scolaires apprennent l'anglais et l'espagnol (les deux " grandes langues internationales ") alors que la pratique correcte de l'allemand est indispensable pour travailler dans cette région! Au final, l'élève devenu adulte ne maîtrisera pas les langues pratiquées par ses plus proches voisins européens, et ne pourra donc pas profiter de la libre circulation pour aller travailler dans un pays proche de sa région natale.

Malgré la volonté de l'UE de respecter chacune des langues européennes, l'anglais parvient à s'imposer au sein même des institutions communautaires. En théorie, l'Union européenne obéit au principe du multilinguisme intégral : les onze principales langues parlées dans les quinze pays de l'Union européenne sont des langues officielles. En théorie seulement : pour des raisons pratiques, les institutions ont adopté des réglements internes permettant de contourner cette règle. Le français, l'anglais et l'allemand sont par exemple les seules " langues de travail " de la Commission..
Le principe du multilinguisme pourrait être prochainement encore davantage écorné, puisque Bruxelles souhaite imposer l'utilisation d'une seule et unique langue de travail, qui serait bien évidemment l'anglais. L'Allemagne et la France résistent pour le moment, mais pour combien de temps?
Avec l'élargissement, l'UE comptera 22 langues officielles. Il sera alors extrêmement difficile et coûteux de respecter la règle du multilinguisme. De plus, privilégier un petit nombre de langues de travail risque de vexer les autres Etats. La situation risque ainsi de tourner à l'avantage de l'anglais, car force est de constater qu'il s'agit de la langue la mieux maîtrisée sur le Vieux Continent : 41% des européens non-anglophones la pratiquent.

L'Europe se bat contre la prédominance insidieuse de l'anglais en incitant à l'apprentissage de toutes les langues nationales européennes, mais aussi des langues régionales du Vieux Continent. Un travail titanesque, puisque rien qu'en France, 75 langues au total sont pratiquées!
Cette inititaive ne date pas d'aujourd'hui. En 1992, l'UE a voulu affirmer cette volonté de préserver le patrimoine culturel des régions européennes en rédigeant " la charte européenne des langues régionales ou minoritaires ". Hélas, ce texte n'a été ratifié que par 14 des 43 Etats membres du Conseil de l'Europe (la France l'a signé mais pas ratifié). De plus, son contenu est émaillé de nuances facilitant son contournement : " dans la mesure du possible ", si le budget le permet "... Enfin, les Etats signataires peuvent ne retenir que 35 des 90 mesures énoncées dans la Charte.
Outre cette charte, l'UE a également mis en place " le bureau des langues moins répandues " (http://www.eblul.org">www.eblul.org). Cet organisme bruxellois compte 13 comités membres nationaux (les 15 pays de l'UE moins la Grèce et le Portugal) et des représentants d'environ 150 associations.
Toutes ces initiatives témoignent de la bonne volonté de l'Union européenne mais oublient une donnée devenue aujourd'hui fondamentale en Europe : les migrations. Aucune des actions européennes entreprises en faveur des langues ne prend en compte les idiomes tels que le turc ou l'arabe.

Dans le cadre de l'Année européenne des langues, 185 projets européens, nationaux, régionaux et locaux financés par la Commission ont vu le jour. La plupart d'entre eux laissent paraître un changement de la conception traditionnelle de l'apprentissage des langues. Désormais, celui-ci doit revêtir un aspect plus pratique que puriste. Comme le souligne Richard Stock, directeur du centre européen Robert Schuman de Scy-Chazelles, " l'important, ce n'est pas de pouvoir lire Goethe dans le texte, mais de connaître les quelques 200 mots nécessaires pour servir un client dans sa langue ".
La recherche de la perfection linguistique n'est plus à l'ordre du jour. Le travail des enseignants doit s'orienter vers une nouvelle pédagogie : on ne doit pas apprendre une langue étrangère pour le simple plaisir d'apprendre, on doit apprendre une langue étrangère pour l'utiliser, pour communiquer avec ses voisins!

Quelque soit l'âge, la nationalité, ou la profession, l'apprentissage des autres langues européennes est une chance. La connaissance d'autres idiomes permet de faciliter les voyages et les rencontres. Elles améliorent les perspectives de carrière et sont désormais indispensables à de nombreux emplois.
Elles permettent à un citoyen européen de profiter pleinement de ses droits en lui facilitant le voyage et le travail dans les pays de l'UE.
Enfin, elles sont essentielles à une participation active aux processus démocratique sur le plan régional, national et européen.

Bref, l'apprentissage de langues est désormais indispensable à l'émergence d'une véritable citoyenneté européenne Car on se sent tout de suite plus proche d'une personne et de sa culture si l'on comprend sa langue.


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