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Lundi 15 Décembre 2003
UE : fallait-il accepter si vite l'élargissement ?
[Fenêtre sur l'Europe]


Crise ou pas crise selon qu'on veuille dramatiser ou non l'échec de Bruxelles, l'absence d'accord sur un projet de Constitution élaboré pourtant par des "conventionnels" de tous bords et de tous les corps institutionnels de l'Union européenne va peser lourdement sur l'avenir de l'Europe à 25 et reposer les questions fondamentales auxquelles nos dirigeants n'ont pas su répondre.

Fallait-il ouvrir totalement et si rapidement l'Europe des Quinze à Dix nouveaux pays fraîchement émancipés du joug soviétique, soucieux de leur nationalité retrouvée et peu préparés à l'économie de marché ? Ne fallait-il pas mieux approfondir l'intégration d'une Europe constituée de pays (six au départ) qui avaient su en leur temps avaler leurs sentiments nationalistes au profit d'un souci général de paix et de prospérité. L'initiative de Robert Schuman aussitôt acceptée par Konrad Adenauer quelques années après un conflit mondial catastrophique et à laquelle adhérèrent sur le champ leurs homologues de Belgique, des Pays-Bas du Luxembourg et d'Italie, est exemplaire d'une volonté de construire un ensemble commun auquel se sont joints au fil des temps et après de périodes transitoires les neufs autres membres constituant l'Europe des Quinze avec son marché commun et ses politiques communautaires propres.

Ce n'est pas le cas des nouveaux postulants qui jaloux de leur souveraineté retrouvée et réclamant un commissaire par pays se sont opposés à la proposition de la Convention de réduire le nombre de ces commissaires, oubliant que ceux-ci représentent exclusivement l'intérët communautaire et contribuant ainsi à paralyser le fonctionnement de l'exécutif bruxellois. Et que dire de l'acharnement de la Pologne, appuyée par une Espagne se voulant plus grande que les plus grands, refusant de revoir les dispositons du mauvais traité de Nice qui lui conférait dans le système de vote autant de poids que l'Allemagne deux fois plus peuplée.

Cet échec de Bruxelles repousse pour un temps incertain l'adoption d'une Constitution à laquelle aspiraient une majorité de citoyens européens. La présidence irlandaise, qui va reprendre le flambeau d'une présidence italienne animée par un Silvio Berlusconi fort critiqué dans sa manière de mener les négociations, aura la lourde tâche de relancer les négociations sur le projet de Constitution rejeté à Bruxelles. Un deuxième échec conduirait à l'éclatement de l'Europe à 25 au profit d'une Europe à deux vitesses ou à géométrie variable. Les pays fondateurs y sont prêts et ils ont déjà donné.

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