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Mardi 21 Octobre 2003
Suisse : la droite populiste s'implante dans toute la Suisse et menace la "formule magique"
[Fenêtre sur l'Europe]
C'est un véritable succès, dépassant tous les sondages, que l'Union démocratique du centre (UDC-droite populiste) a remporté dimanche aux élections législatives suisses. Elle devient, avec 55 députés au Conseil national, la chambre basse du Parlement, et 26,6% des voix, le premier parti suisse. Les exigences de son leader risquent de remettre en cause la "formule magique" qui depuis 1959 assurait l'équilibre du gouvernement.
L'UDC avait mené une campagne carrément antieuropéenne et aux forts relents xénophobes. Elle a réussi à recueillir les suffrages d'une bonne partie des suisses réellement préoccupés par le déclin économique du pays, les pertes d'emploi et l'immigration. Sa progression se fait au détriment des deux partis de la droite classique, le parti radical démocratique (PRD), 36 sièges, et le parti démocrate chrétien (PDC), 28 sièges, qui perdant 7% des voix ne rassemblent plus que 64 sièges. Le parti socialiste s'en sort bien qui a progressé avec 24,4% des voix et 52 sièges soit un siège supplémentaire. Les Verts obtiennent 13 députés soit 4 de plus.
Les test de l'impact national de l'UDC était la Suisse romande (francophone) jusque là réfractaire aux idées xénophobes et où l'UDC n'y avait pas dépassé 12% en 1999. Chritoph Blocher, le dirigeant milliardaire de l'UDC, a pu se réjouir de la progression de son parti dans cette partie francophone de la Suisse puisque celle-ci elle assure à elle seule un gain de 7 sièges sur les onze gagnés par l'UDC. A Genève l'UDC est passée de 7,5% des voix à 18,3%, dans le canton de Neuchâtel, sans candidat en 1999, elle rafle 22,4% des voix et dans le canton de Vaud (Lausanne) elle passe de 10,7% à 20,8. Pour M. Blocher "L'UDC est maintenant un parti national, pas seulement un parti de la Suisse allemande" avec lequel il faudra compter à l'avenir.
Christophe Blocher, dès dimanche soir, a revendiqué un poste supplémentaire (pour lui-même) au sein du Conseil fédéral que le Parlement devra renouveler le 10 décembre. Or depuis 1959 les portefeuilles ministériels sont répartis selon une coalition quadriparite dite "formule magique" comprenant deux sièges pour le PS, le PDR et le PDC et un seul siège pour l'UDC. Si la revendication de l'UDC était acceptée ce serait le parti démocrate chrétien (14,4% des suffrages) qui devrait céder son un siège gouvernemental. En cas de refus, l'UDC menace de rentrer dans l'opposition et d'empoisonner la vie du prochain gouvernement à coup référendums ou d'initiatives populaires sur des thèmes tels que la maîtrise de l'immigration ou le rejet de l'Europe.
D'autres solutions sont aussi envisageables telle une alliance PS-centre droit ou encore PRD-PDC-UDC, mais il apparaît que le monde politique suisse commence à comprendre que la formule magique risque de se désintégrer à l'avenir.
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